Le Premier ministre belge Charles Michel était mercredi en Algérie pour initier une négociation. L’objectif est de mieux identifier les Algériens illégaux. Mais l’Algérie se montre peu encline.

La pluie et les nuages sombres qui plombaient le ciel d’Alger mercredi matin ont accueilli fraîchement la délégation belge emmenée par Charles Michel et Théo Francken. Difficile de dire jusqu’alors si cette météo à la belge était de bon augure ou, au contraire, constituait un mauvais présage pour les discussions prévues avec les autorités algériennes. Le Premier ministre et le secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration souhaitent élargir l’actuelle coopération policière entre les deux pays. Il s’agit notamment de faciliter le retour au pays des ressortissants algériens en séjour illégal en Belgique. L’objectif pour Bruxelles est de parvenir, à terme, à un "accord technique" visant à renforcer l’échange d’informations destinées à identifier les illégaux. Une coopération cruciale à l’heure des flux migratoires en pagaille et du contexte de terrorisme international.

Le principe de la politique d’immigration belge est de renvoyer les illégaux dans leur pays - à commencer, en l’occurrence, par les plus de 500 Algériens, qui se prétendent tels, condamnés et emprisonnés en Belgique (il y a 35 000 Algériens réguliers, d’après Alger). D’où la nécessité de bien identifier les personnes en séjour illégal et de le faire le plus rapidement, avant par exemple que leur détention n’arrive à échéance. Des accords de réadmission de nationaux avec l’Algérie existent déjà mais "on pourrait aller plus vite", estime-t-on au cabinet Francken. Le modèle poursuivi est le mémorandum d’entente sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme signé en avril dernier entre la Belgique et le Maroc. Celui-ci a permis d’améliorer l’échange d’informations entre les deux pays, en incluant entre autres le transfert des données biométriques, afin de gagner un temps précieux dans l’identification des Marocains illégaux.

La dignité "essentielle" des personnes

Le tête-à-tête de mercredi entre Charles Michel et son homologue algérien Abdelmalek Sellal de même que la réunion élargie aux autorités sécuritaires se sont déroulés dans un "climat plutôt constructif et ouvert", a estimé M. Michel, qui pense pouvoir parvenir à un accord. Mais à entendre M. Sellal à l’issue des rencontres, rien ne semble devoir évoluer. "Pour nous, l’essentiel de l’essentiel est de veiller à la dignité des personnes. Les réadmissions se feront dans le cadre des réglementations en vigueur s’agissant de la coordination policière avec nos amis belges. Cela fonctionne bien", a précisé le Premier ministre algérien.

On sait les Algériens plutôt réticents sur la question du rapatriement de leurs nationaux illégaux, pour des raisons de politiques intérieures. Le retour au pays d’Algériens expulsés de pays étrangers peut avoir un impact désastreux dans l’opinion publique d’un pays d’où il est difficile de s’expatrier.

Le Premier ministre belge continue de penser qu’un accord renforçant la coopération existante sur ces questions est possible, sans doute dans un cadre plus global qui inclurait des mesures sur la sécurité, la lutte contre le radicalisme et d’autres sujets connexes. Ce n’est pas un secret : les autorités algériennes affectionnent la discrétion, culture militaire oblige. De ce point de vue, un accord "étoffé" permettrait de "camoufler" les aspects auxquels Alger souhaite ne pas donner une trop grande visibilité. "Nous avons des capacités technologiques, une base de données - sans vouloir tout citer - pour reconnaître les Algériens là où ils se trouvent", s’est félicité M. Sellal, laissant penser qu’un statu quo prévaudrait. "Les données des renseignements algériens peuvent aussi nourrir notre capacité à déjouer des actes terroristes", s’est empressé de souligner M. Michel.

Une carotte économique

Des discussions sur ce dossier sont entamées depuis de nombreuses années au niveau européen, en vain jusqu’ici. Alger ne cache pas sa préférence pour des accords de réadmission bilatéraux, Etat par Etat. Les discussions en vue d’une meilleure coordination sécuritaire avec l’Algérie, dont la visite de mercredi constituait le premier pas, ont aussi porté sur l’établissement d’une meilleure coopération en matière de développement économique, dans des domaines comme les transports, l’énergie, la pharmaceutique ou la pétrochimie, a souligné M. Michel. Sécurité, stabilité et développement économique se nourrissent mutuellement, a insisté le Premier belge. En ce sens, la visite de la délégation belge à l’entreprise algérienne Prodiphal (qui collabore avec le groupe belge Janssen Parmaceutica), dont les projets sont ambitieux, a mis en exergue ce que la Belgique peut apporter de plus à l’Algérie. Une manière d’inviter à la négociation, M. Michel ayant d’ailleurs convié M. Sellal à Bruxelles.