Yves Leterme, le Premier ministre, est comme un pitbull. Quand il attrape quelque chose, il ne le lâche plus. Il y a presque un an, il a attrapé la Belgique et depuis, il tient ce pays dans un étau. Rien ne bougera aussi longtemps qu'il estimera que rien ne doit bouger. Les partis francophones ont essayé de forcer les choses dans le dossier BHV. Ils en sont pour leur peine. Ils n'ont aucune prise sur ce Premier ministre. Malgré toutes les péripéties, Leterme tient la rue de la Loi sous son contrôle depuis onze mois déjà. Il n'a que très sporadiquement lâché prise, au moment où le Roi appela brièvement Guy Verhofstadt à la rescousse. L'arme principale de Leterme, c'est sa patience. Il se livre, jour après jour, à une guerre d'usure. C'est pire que la procession d'Echternach, parce que celle-là au moins, elle avance. Leterme, lui, tourne en rond. Au bout d'un certain temps, tout le monde se retrouve à sa position de départ. Et là, c'est à nouveau le cas. Les positions actuelles sont les mêmes qu'il y a dix jours. Le timing est resté exactement le même, le statu quo est total. Mi-juillet, le gouvernement fera une déclaration. Une déclaration. Mais avec quel contenu ? Hier aussi, Leterme a fait une déclaration : pour dire que le social et l'économique allaient bon train. Exactement ce que Verhofstadt avait dit après que ses négociations sur BHV aient échoué. Il avait alors reçu des torrents de critiques de la part du cartel. A juste titre. On a assez lambiné. Plus cela durera, plus les mesures qui suivront seront douloureuses. Et ce n'est pas avec BHV que les gens vont beurrer leurs tartines.

La déclaration du 15 juillet contiendra-t-elle une solution pour BHV ? Rien n'est moins sûr. Cet été, on sera à moins d'un an des prochaines élections régionales. Chaque jour qui nous rapproche de cette échéance nous éloigne un peu plus de la perspective d'une solution. La bataille pour l'équilibre des forces politiques à Bruxelles sera déterminante à cet égard. Sachant que le CDH de Joëlle Milquet et le PS fonctionnent en vases communicants, ce sera quitte ou double pour Didier Reynders à Bruxelles. Il serait impensable que Reynders puisse ou veuille heurter de front le FDF d'Olivier Maingain. Mi-juillet devrait être la dernière chance de régler le problème avant les élections de 2009. Mais seuls les optimistes croient - et seul Herman Van Rompuy dit tout haut - que les optimistes ne sont que des pessimistes bien informés. Une fois de plus, tout le monde répète qu'il faut une solution négociée. Et une fois de plus, tout le monde fait le contraire. Les partis flamands se sont enfermés dans l'illusion que BHV peut être scindé en procédant à un vote Flamands contre francophones. Ce n'est évidemment pas vrai. Voter est la meilleure solution pour que ce dossier ne soit jamais résolu. Voter ne sert qu'à dissimuler le fait que l'on n'a pas le courage de faire des concessions. Cette génération n'ose rien. C'est la lâcheté qui règne.