On le savait : la cellule terroriste mise hors d’état de nuire dans le sang à Verviers le 15 janvier 2015 comptait s’en prendre, de manière imminente, à des cibles policières. Aucun lieu précis n’avait alors été cité par le parquet fédéral.

"Le Monde" a eu accès aux écoutes effectuées dans l’appartement de Verviers. Le journal français indique que ce sont deux commissariats de police "dont le quartier général fédéral" , soit le commissariat général de la police fédérale situé à Etterbeek ainsi que le commissariat de Molenbeek (commune où avaient grandi les membres de la cellule) qui étaient visés.

L’appartement qui sera pris d’assaut le jeudi 15 janvier en début de soirée était "sonorisé" avec des micros cachés depuis le 12 janvier. Deux Molenbeekois, Khalid Ben Larbi, 23 ans, et Soufiane Amghar, 26 ans, qui avaient rallié l’Etat islamique en Syrie d’avril à août 2014, y vivaient.

Les écoutes, relate "Le Monde", montrent que les deux jeunes hommes manipulent des plans en faisant allusion au commissariat de Molenbeek : "Il y a un petit avantage […] c’est que quand ils viennent ici, mais qu’ils oublient là-bas […]. Ceux qui entrent par ici, ils vont s’arrêter là […] ? Tu sais comment c’est ?"

Le 15 janvier, c’est l’arrivée d’un troisième qui précipitera l’intervention des Unités spéciales. Cet homme de 25 ans, Marouane El Bali, sera le seul à survivre à l’assaut en sautant par une fenêtre. "Et alors mon gros ?" , lui lance un des deux occupants à son arrivée. "J’ai embrouillé tout le monde" , répond-il.

Une Kalachnikov déballée

Le trio s’émerveille autour d’un colis apporté par Marouane El Bali qui est déballé. Pour une fois, le trio, qui se sait vraisemblablement sous écoute, n’emploie pas des mots codés : "Une Kalache […], une française […], grande, longue, avec une crosse en bois. Elle est pas mal hein ?" Les trois comparses la manipulent. Selon "Le Monde", les deux combattants syriens semblent douter : "Vous avez vu des choses là-bas (sous-entendu en Syrie) et vous êtes en train d’avoir peur ici" , s’agace El Bali.

Et en cette veille d’attentat, de nombreux détails n’ont pas été finalisés : ils doivent encore parfaire les faux papiers, s’assurer de la disponibilité de véhicules, s’enquérir du sérieux de complices. Ils n’en auront pas le temps. L’assaut sera donné.