Administrateur-délégué de la SNCB : le job que tout le monde veut… Enfin, sur le papier en tout cas. Alors que les partis flamands au pouvoir au fédéral se sont littéralement taillés en pièces pour obtenir le nouveau mandat de CEO de l’entreprise ferroviaire, les personnes désignées tombent comme des mouches. Un nouveau futur dirigeant a été désigné vendredi : il s’agit de Jozef Cornu, 69 ans, administrateur chez Belgacom et ancien CEO d’Agfa-Gevaert. Un proche du vice-Premier SP.A Johan Vande Lanotte qui depuis des semaines fait la pluie et le beau temps dans le dossier des désignations au sein des branches du groupe SNCB.

Quelques rappels bien utiles dans cette impitoyable partie d’échecs politique entre les partis flamands de la majorité fédérale. Pour remplacer Marc Descheemaecker (Open VLD), le gouvernement Di Rupo (le "kern", pour être plus précis) avait initialement choisi Michel Van Den Broeck, étiqueté SP.A, patron de Leaseplan et ancien dirigeant d’ABX, mais ce dernier a surpris tout le monde en renonçant à ce mandat. C’était une solution de compromis entre libéraux et socialistes du nord du pays : le SP.A voulait recaser Jannie Haek (dirigeant de la maison-mère du groupe SNCB, appelée à disparaître au 1er janvier prochain) mais l’Open VLD a mis son veto. Tout comme le SP.A a mis son veto sur une reconduction de Marc Descheemaecker, dont Johan Vande Lanotte voulait personnellement la tête sur une pique.

Le SP.A a la main

Mais la solution "Van Den Broeck" a rapidement fait long feu... Selon les bruits de couloir, la rémunération qu’on lui proposait a eu raison de sa motivation. En effet, l’équipe de Di Rupo a décidé de plafonner dorénavant les rémunérations des patrons d’entreprises publiques à 290 000 euros (avec un rabiot éventuel de 10 %). Pris de court par cette décision surprise, le gouvernement fédéral n’avait plus vraiment d’autre choix que de chercher un nouveau dirigeant pour la SNCB. Et un socialiste flamand pour bien faire, le SP.A ayant obtenu des autres partis ce mandat de prestige pour l’un de ses hommes…

Et l’homme providentiel avait été trouvé assez rapidement mais cette fois en dehors de la liste des 5 candidats potentiels pour diriger la SNCB établie par un cabinet de chasseur de têtes : il s’agissait de Frank Van Massenhove, le dirigeant actuel du SPF Sécurité sociale, SP.A, proche du ministre Johan Vande Lanotte et surtout ancien manager de l’année 2007 en Flandre. Sur Twitter, Frank Van Massenhove avait toutefois fait part de son étonnement à l’égard de sa propre désignation… Etrange.

Encore plus étonnant : cette information est tombée officiellement ce vendredi : Frank Massenhove renonce à ce mandat avant même son entrée en fonction qui était prévue en novembre prochain. Officiellement, il justifie sa décision pour des motifs personnels. Certaines sources évoquent une maladie. Cette information n’a pas été confirmée mais, quoi qu’il en soit, il restera en place à la tête du ministère fédéral qu’il dirige.

"Beaucoup de personnes seront déçues"

"Je suis conscient du fait que j’impose ainsi un nouveau défi au gouvernement dans une procédure de nomination déjà ardue, mais je dois hélas prendre cette décision maintenant, avant de mettre à mal ultérieurement la confiance du gouvernement et de la SNCB. Au vu des réactions publiques suite à l’annonce de ma désignation, beaucoup de personnes seront déçues par ma décision. Mais je suis intimement convaincu du fait que les réactions positives suite à ma désignation ne visaient pas ma personne, mais portaient plutôt l’espoir de changements structurels au sein de la SNCB. Je suis certain que le futur dirigeant de la SNCB pourra s’attendre à des réactions similaires", a déclaré l’ancien manager de l’année par communiqué. L’intéressé n’a pas voulu s’étendre sur les motivations de sa décision qu’il qualifie de privée.

Toutefois, selon une source gouvernementale très proche du dossier, il semble que Frank Van Massenhove n’ait jamais été très chaud vis-à-vis de cette fonction à la tête de la SNCB : très exposée médiatiquement et très exposée aux critiques, très prenante, très usante… Par ailleurs, Frank Van Massenhove n’est pas à proprement parler un chef d’entreprise. Or, les réformes drastiques en cours à la SNCB, le plan de transport, la mise en œuvre du plan d’investissement ferroviaire 2013-2025, l’amélioration de la productivité, la gestion de la dette… Les enjeux sont colossaux, c’est le moins que l’on puisse dire.

La "Vande Lanotte Connection"

Son souhait de ne pas prendre ses nouvelles fonctions était connu par le gouvernement depuis une dizaine de jours et les GSM ont bien chauffé pour trouver un remplaçant : Jozef Cornu, donc, dont le nom a été soufflé par Johan Vande Lanotte qui le connaît personnellement. "Jo" Cornu, ingénieur de formation, a fait l’ensemble de sa carrière dans le secteur privé. Il est passé par Bell Telephone, Alcatel, a dirigé Agfa-Gevaert, siège au conseil d’administration de Belgacom. Mais il est aussi président d’Electrawinds, la société active dans les énergies renouvelables, installée à Ostende, fief de Vande Lanotte.


Jozef Cornu, futur patron de la SNCB


Marc Descheemaecker (open VLD), patron de la SNCB


Jannie Haek (SP.A), futur ancien patron de la SNCB-Holding


Jean-Pierre Hansen (cdH), manager de transition


Frank Van Massenhove (SP.A), ex-futur patron de la SNCB


Michel Van Den Broeck (SP.A), ancien futur boss de la SNCB


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