Gotcha. Le président du conseil d’administration de Brussels Airport, le socialiste flamand Luc Van den Bossche, n’a pas résisté, mercredi, aux tirs de la DCA de la classe politique amorcés dès la révélation par "La Libre" des montants astronomiques réclamés afin d’exercer sa fonction. En début de soirée, Luc Van den Bossche a indiqué qu’il quitterait ses fonctions avant la fin de l’année et se dirigerait vers "un tout autre secteur". Il apparaît que c’est chez le consultant financier Optima (lire ci-contre) qu’il compte rebondir.

Rappel, l’ex-ministre en charge de la Fonction publique demandait 689 000 euros - via sa société - dans une nouvelle convention à laquelle "La Libre" a eu accès. Luc Van den Bossche a fait savoir que ce montant avait été proposé par l’actionnaire privé de Brussels Airport (l’Etat est actionnaire à hauteur de 25%). Il assure en outre ne pas avoir eu connaissance de ce montant, ni copie de la convention.

Il apparaît aujourd’hui, pourtant, que les administrateurs de Brussels Airport disposent de ladite convention avec tous les détails - dont les montants envisagés pour rétribuer le président du CA. Les administrateurs de l’Etat se sont même opposés à la nouvelle proposition de convention ! "Je ne vais pas jouer les populistes et vous dire que je vais travailler pour six euros", indique aujourd’hui le socialiste flamand dans "De Morgen". Il précise être payé avec le même salaire depuis 2003 - date à laquelle il est devenu CEO de l’aéroport national. Ce n’est qu’en 2005, en effet, qu’il est devenu président du CA.

A cette époque, le SP.A Johan Vande Lanotte était vice-Premier ministre et en charge des Entreprises publiques, tandis que la fille de Luc Van den Bossche, Freya, était en charge de l’Environnement et de la Protection des consommateurs puis, à partir de 2005, du Budget. Interrogée mercredi pour savoir si elle avait eu connaissance de la convention entre son père et Brussels Airport, Freya Van den Bossche dément catégoriquement. "Lui, c’est lui, dit-elle en parlant de son père. Et moi, c’est moi". "Je n’ai jamais, au cours de ma vie ministérielle, insiste Freya Van den Bossche, participé ou assisté de près ou de loin à une décision impliquant mon père".

Mercredi, la classe politique a condamné très largement les montants demandés par le président de cette entreprise à participation publique. Mais c’est du camp même de Luc Van den Bossche que sont partis les tirs les plus durs. Bruno Tobback, le probable futur président du S.PA, ainsi que le député Dirk Van der Maelen, ont été cinglants avec leur camarade. "Ce que Van den Bossche a fait est inacceptable, soupire M.Van der Maelen. Ce niveau de rémunération - qui plus est dans une entreprise publique - est scandaleux. Je demande que tout ceci puisse être revu et corrigé d’urgence. En outre, ce mécanisme qui consiste à créer des société pour se faire payer afin d’échapper à l’impôt des personnes physiques, c’est inadmissible. Que Luc Van den Bossche soit issu de mon parti ne change absolument rien: je condamne". Il est évident, pointent des observateurs avisés, qu’alors que les rapports de force se dessinent au SP.A pour succéder à Caroline Gennez, le fait que des poids lourds du parti prennent cette position tranchante a hâté le pas de côté de Luc Van den Bossche.

Le ministre des Finances Didier Reynders - qui s’est dit "choqué" par de tels montants - sera interrogé ce jeudi au Parlement en tant que ministre de tutelle de la SFPI qui gère la participation de l’Etat dans Brussels Airport. "C’est complètement indécent, cette demande de salaire, se fâche le FDF Didier Gosuin. Qu’est-ce que c’est ce pays où les responsables d’entreprises publiques gagnent trois fois plus qu’un Premier ministre... Et ces stratagèmes imaginés pour échapper à l’impôt sont tout simplement insupportables. Je me permets de noter que ce sont des responsables socialistes qui les mettent en pratique - ce qui est doublement insupportable - puisqu’ils se permettent de faire la morale à tout le monde au niveau de la fraude fiscale", termine M.Gosuin. Chez Ecolo/Groen!, on monte également au front: "Luc Van den Bossche est un ancien ministre et membre d’un parti qui se dit grand défenseur de la bonne gouvernance des entreprises". On ajoute: "Il s’agit d’un administrateur d’une entreprise censée avoir pour priorité l’intérêt collectif. Pour les écologistes, cette demande est incongrue, indécente et illustrative des dérives éthiques liées aux rémunérations colossales d’administrateurs de sociétés tant publiques que privées".

Côté PS, le député Olivier Henry indique: "Ce niveau de rémunération est tout à fait scandaleux. Nous avons été traités de populistes quand nous avons introduit nos propositions de loi pour limiter les salaires des grands patrons. Nous sommes heureux de voir qu’aujourd’hui, les autres formations politiques nous rejoignent sur ces points. Par ailleurs, note encore Olivier Henry, l’ingénierie fiscale dont fait preuve Luc Van den Bossche pour échapper à l’impôt est inacceptable et cela ne pourrait pas arriver avec un membre du Parti socialiste". Le PS a en effet changé ses statuts dans la foulée de l’affaire Donfut: l’article 69 prohibe ainsi le fait de se mettre en société pour percevoir une rétribution d’une entreprise (semi) publique. Enfin, le CDH entend demander au ministre des Finances "quand il compte prendre des mesures plus strictes pour les administrateurs au sein de l’ensemble des entreprises publiques et pour les représentants de l’Etat au sein de tout organisme où l’Etat est actionnaire".M.Bu. et Ph.Law.