De nombreux jeunes adhèrent de plus en plus à l’islamisme. Vassilis Saroglou, directeur du Centre de psychologie de la religion à l’UCL, pointe d’ailleurs la rapidité du phénomène. "Une conversion radicale fait partie des conversions dites soudaines. Elle reflète une émotionnalité problématique, un vécu douloureux ou un soi antérieur qu’on veut effacer. Il y a aussi la prédisposition à faire des actes risqués, dangereux, terrifiants et antisociaux."

Le spécialiste balaie les "mythes longtemps véhiculés : il n’y a pas de lavage de cerveau. Il y a manipulation et prosélytisme. Les gens sont conscients et complices de l’idéologie qu’ils embrassent."

Certains blâment alors Internet, considéré comme l’un des vecteurs du radicalisme. "Ce n’est qu’une caisse de résonance", ajoute Vassilis Saroglou. "Si la force émotionnelle des idées sous-jacentes est grande, les gens se verront ailleurs… On accorde trop d’importance à ce moyen. Il y a d’autres canaux."

"Cocktail alarmant"

Si le processus, ultrarapide, est complexe et s’étend à un niveau mondial, certains éléments peuvent, à plus petite échelle, alerter les parents inquiets :

- Des changements trop rapides et globaux "qui laissent croire que la personne qui se radicalise est en train d’embrasser un nouveau soi".

- L’adoption d’attitudes et de positions "très rigides et conservatrices sur le plan moral . Ce n’est pas alarmant sauf si ça s’accompagne d’une rupture affective et familiale. A ce moment-là, c’est problématique. Les parents peuvent alors être mis au courant des agissements trop conservateurs de leurs enfants par d’autres sources comme l’école, les amis, des frères ou sœurs…"

- "Le sentiment que la personne n’éprouve aucune jouissance, en termes de bonheur, dans sa vie de couple ou de famille."

Pris indépendamment, ces éléments pourraient correspondre à certains comportements d’adolescents opposés à leurs parents. C’est donc de l’addition de ces agissements qu’il faut se méfier. "C’est un cocktail alarmant", ajoute M. Saroglou.

Que faire ?

A l’heure actuelle, de nombreux parents craignant la radicalisation de leur enfant s’interrogent sur les mesures à adopter. Il n’existe pas de solution unique. "S’il y a une rupture du lien affectif, c’est probablement trop tard", prévient l’expert. "Ce n’est pas en alarmant la police qu’on réglera le problème. On peut l’appeler pour éventuellement empêcher que le jeune parte ou ne commette des actes délinquants."

En revanche, s’il y a une simple rigidité morale, "il est encore temps d’avoir une discussion sur le plan religieux et de montrer les aspects de la foi qui prônent la tolérance et la compassion."