Le "docu-fiction", ou plutôt la technique du "poisson d'avril" utilisée par la RTBF mercredi, pose de graves questions quant à la crédibilité de l'information et l'indispensable confiance du public à l'égard du travail journalistique, a affirmé jeudi l'Association des Journalistes professionnels (AJP).

"L'absence de marquage fictionnel du JT, le dangereux mélange des genres à l'oeuvre dans le reportage, l'exploitation commerciale qui en est prévue (un livre devrait être publié par la RTBF) ne sont pas de nature à favoriser cette confiance du public", a ajouté l'AJP dans un communiqué à propos de l'émission diffusée mercredi soir par la chaîne publique.

"Des règles journalistiques de base ont été ignorées, comme l'indication d'images d'archives ou la mention des reconstitutions. Si la démarche journalistique peut emprunter les voies de la fiction, de la reconstitution ou même de la farce, c'est à condition d'assurer, clairement et sans ambiguïté pour le grand public, la transparence du procédé", a ajouté l'association regroupant les journalistes francophones.

Elle a rappelé, par la voix de sa secrétaire nationale, Martine Simonis, son souhait de voir se créer un conseil de déontologie, à l'image de ce qui existe déjà en Flandre.

"L'évolution des pratiques journalistiques, sans cesse soumises à des pressions de spectacularisation et de mise en scène débridée de l'information, justifie l'urgence qu'il y a à créer un conseil de déontologie en Communauté française. L'AJP y travaille depuis quatre ans mais se heurte, alors que la structure est prête à fonctionner, à la mauvaise volonté des entreprises médiatiques audiovisuelles - RTBF en tête -, qui réchignent à assumer leur part de financement", ajoute l'association.

Elle espère enfin "que le débat d'aujourd'hui permettra enfin d'instaurer un lieu de discussion critique des pratiques journalistiques et médiatiques".