Vian Dakhil, l'une des quatre femmes yézidies qui devaient s'exprimer jeudi au Parlement européen et à qui la Belgique a refusé de donner un visa, s'est exprimée vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU à New York, indique l'agence de presse kurde Rudaw.

"Nous sommes massacrés, nous sommes tués, nos femmes sont violées, nos filles sont vendues, nos enfants sont emmenés dans des lieux où ils sont achetés et vendus comme des marchandises sur un marché", s'est exclamée cette parlementaire d'Erbil, la seule appartenant à la minorité des yézidis au sein du parlement irakien.

Près de 420 000 sont déplacés dans le nord du Kurdistan irakien tandis que d’autres sont réfugiés en Syrie et en Turquie, chassés par l’offensive menée l’été dernier par l’Etat Islamique (EI). Selon Vian Dakhil, près de 3000 filles yézidies sont vendues sur les marchés pour 18 dollars chacune.

Le refus de visa aux quatre femmes yézidies, signifié le 24 mars par l’Office des Etrangers, continue de faire polémique. L’Office affirme que la décision a été prise à la suite d’un avis du Consulat de Belgique à Istanbul estimant qu’il y avait un « risque migratoire » notamment d’une mère de trois combattants kurdes tués, née en 1926. Sa porte-parole a également souligné sur l’antenne de la RTBF radio que certains éléments manquaient dans leur dossier, comme par exemple des cartes de crédit et une assurance voyage.

Le conservateur britannique David Campbell Bannerman, qui organisait le témoignage des yézidies au sein de la délégation du PE pour les relations avec l’Irak, estime que la bureaucratie a prévalu en Belgique sur le courage. «Je n’ose imaginer la bravoure qu’il a fallu pour que ces femmes yézidies proposent de venir et de parler publiquement des atrocités qu’elles subissent dans les mains de l’Etat islamique (EI) », dit-il dans un communiqué publié vendredi. « Que le gouvernement belge leur refuse une admission temporaire à Bruxelles est insensé. La bureaucratie prévaut au courage ».

« Ces femmes courageuses étaient prêtes à parler et à fournir un témoignage humain de ce qui se passe derrière les lignes de l’Etat islamique. Elles se sont vu refuser une plate-forme. Cela ne montre guère une solidarité occidentale dans la lutte contre l'EI, qui doit être notre priorité », ajoute l’eurodéputé.

M.Campbell Bannerman a l’intention d’interroger le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders sur cette affaire pour connaître les raisons du refus et les mesures qui seront prises à l’avenir « pour éviter ce genre de déception ».

Malgré le fait que la décision a été prise par l’Office des Etrangers, sous tutelle du ministre de l’Intérieur, les questions sont adressées principalement aux Affaires étrangères. Les députés Benoît Hellings (Ecolo) et Georges Dallemagne (CDH) ont l’intention également d’interpeller M.Reynders.