Le trafic dans Bruxelles risque de tourner définitivement au cauchemar.

Pour les tunnels bruxellois, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Mardi, on apprenait que le désormais célèbre tunnel Stéphanie allait, à partir du 29 février, faire l’objet de travaux de sécurisation portant sur le tronçon actuellement fermé à la circulation. Et que si tout va bien, le tunnel pourrait être rouvert au mois de mai.

A cette (relative) bonne nouvelle a succédé, mercredi, une très mauvaise avec l’annonce de la fermeture, pour plusieurs semaines, du tunnel Montgomery dans les deux sens de la circulation (La Cambre-Meiser et vice-versa). Cette mesure de précaution a été prise à cause du déplacement de 8 centimètres d’une dalle de recouvrement de 15 mètres de long, a confirmé Bruxelles Mobilité. Un plan de circulation en surface sera opérationnel ce vendredi.

La semaine passée, une bande de circulation avait déjà été fermée de façon préventive dans la direction Meiser. "Des investigations plus approfondies ont été menées. Leurs résultats nous amènent aujourd’hui à fermer le tunnel dans les deux sens pour des raisons de sécurité et à poursuivre l’examen détaillé du tunnel", explique Bruxelles Mobilité.

Cette fermeture aura un impact sérieux sur le trafic. Le tunnel Montgomery, construit en 1971, draine, direction Meiser, 1 600 véhicules par heure le matin et 1 300 véhicules par heure le soir. Direction La Cambre, ce sont 1 900 véhicules par heure qui le traversent le matin et 1 800 par heure le soir.

L’économie de Bruxelles en danger

L’annonce de cette nouvelle "tuile" a entraîné de nombreuses réactions : la fédération des entreprises technologiques Agoria a appelé le gouvernement bruxellois à présenter au plus vite un plan d’action global pour résoudre les problèmes liés aux tunnels. "Sans cela, le "tunnelgate" risque de nuire sérieusement et pour longtemps à la position économique de Bruxelles", a commenté Floriane de Kerchove, sa directrice.

Selon elle, deux entreprises sur trois ont des difficultés à recruter ou à garder des collaborateurs à cause des problèmes de mobilité et 60 % d’entre elles pensent que cela pourrait les pousser à quitter Bruxelles. "La fermeture du tunnel Montgomery sera peut-être la goutte d’eau qui fera déborder le vase", a-t-elle encore déclaré.

De son côté, l’organisation de défense des automobilistes, Touring, a sévèrement critiqué, mercredi, "la énième fermeture de tunnel".

"Les conséquences d’une mauvaise gestion du passé ont une influence directe sur l’économie et la mobilité", a-t-elle dénoncé. Pour Touring, "il est temps de mettre les coupables devant leurs responsabilités". A ses yeux, la commission spéciale du Parlement bruxellois doit être transformée en commission d’enquête (ce qui est statutairement impossible NdlR) "pour défricher le passé".

Touring a également demandé que l’on cesse de réduire des bandes de circulation et de fermer des voiries, comme c’est prévu boulevard de la Woluwe, tant que les tunnels ne sont pas rouverts.

Des choix budgétaires

Tout cela vient au lendemain des déclarations faites, sur Bel RTL, par Charles Picqué, le président PS du Parlement bruxellois. Ce dernier a estimé que, sans anticiper les résultats des travaux de la commission spéciale, on constatera que le dossier a été influencé par la question des moyens disponibles. "De multiples réparations ont été faites avec des moyens assez faibles, mais pour la rénovation en profondeur, on a attendu car il y avait des choix budgétaires à faire durant la longue période d’aspiration à un refinancement de la Région-Capitale."

© IPM


"On va résoudre cette merde de dossier"

C’est sur cette phrase applaudie par les députés que Pascal Smet (SPA), ministre bruxellois des Travaux publics a conclu son audition devant les membres de la commission spéciale "tunnels", chargée d’enquêter sur la situation alarmante des tunnels bruxellois. Pascal Smet a également affirmé avoir fait tout ce qui était en son pouvoir durant son mandat de 2004 à 2009 pour assurer l’entretien des tunnels. Brigitte Grauwels (CD&V), ministre sortante des Travaux publics, était elle aussi interrogée. Elle a déclaré avoir affecté à l’entretien des tunnels plus de 120 millions d’euros malgré un budget réduit et un manque de personnel. Aucun des deux ministres ne semble manifestement se considérer responsable de l’état déplorable des tunnels aujourd’hui. J.C. (st.)