L'enseignement en Flandre est "tout aussi inégalitaire qu'en Communauté française" , estime Ides Nicaise, professeur d'économie de l'éducation, à la KUL. En 2002, le décret GOK (égalité des chances d'enseignement) fut adopté pour remédier à cela.

Comment fonctionnent les inscriptions depuis 2002-2003 ?

Au sein d'une plate-forme de concertation locale (LOP) - une septantaine au total -, où le ministère de l'Enseignement est représenté par un expert, les écoles se mettent d'accord sur les différentes périodes d'inscription - NdlR : qui peuvent donc varier selon les endroits -, dédiées aux différents élèves prioritaires (frères et soeurs,...). Le décret permet également de donner priorité aux familles défavorisées. Certaines écoles, à Gand notamment, le font. Voire à des familles favorisées, pour les écoles plus difficiles.

Y a-t-il des files devant les écoles ?

Il y en a toujours eu, même avant le décret de 2002. Mais c'est exceptionnel. Et je n'ai pas l'impression qu'il y en ait plus qu'avant.

Quels étaient les objectifs recherchés par ce décret ?

D'abord réglementer les inscriptions, mais aussi apporter un appui financier supplémentaire aux écoles à forte intensité d'élèves défavorisés. Deux objectifs qui se mélangent puisqu'une mesure renforce un peu l'autre. D'une part, on veut désegmenter le marché scolaire, et d'autre part on veut apporter un appui aux écoles qui ont un fardeau supplémentaire.

La mixité sociale en est-elle sortie renforcée ?

C'est difficile à évaluer car il n'y a pas d'études sur le sujet. Mais vu que les écoles sont à présent obligées de déclarer au LOP qu'un élève n'a pas été accepté, il y a une sorte d'effet préventif : le monde associatif est aux aguets et a tendance à donner de la publicité aux cas où un élève a été refusé. Les écoles deviennent bien plus prudentes avant de refuser d'inscrire un élève. Ceci dit, tout dépend des rapports de force. On sait très bien que l'école a beaucoup de pouvoir et que les parents, très souvent, ne connaissent pas la législation ou, s'ils la connaissent, ont peur de se faire connaître ou d'entrer en conflit avec un directeur d'école. Il y a mille et une manières de décourager les parents d'inscrire leur enfant. Et là, le décret ne résout pas le problème. Par ailleurs, on voit bien que dans certaines écoles, à l'entrée, le public est mélangé et puis après quelques années, il devient beaucoup plus homogène.

Le système actuel a-t-il été remis en cause ?

Oui, encore aujourd'hui, notamment par des directions d'écoles, ce qui est à mon avis un bon signe : on les force à accepter des élèves dont elles ne voulaient pas avant.

Y a-t-il des recours ?

Oui et la commission des droits des élèves peut sanctionner l'école en retirant une partie des frais de fonctionnement. Il y a aussi des plaintes collectives déposées par des associations. Exemple : on dit que seul le directeur peut effectuer des inscriptions et qu'il est absent alors que, pour d'autres élèves, c'est un enseignant qui a fait l'inscription. On a trouvé une série d'abus et il y a eu des sanctions.

Prévoit-on des aménagements au décret ?

Un nouveau décret est en développement, qui révise le système de financement des écoles. Mais l'esprit restera le même. Pour ma part, je trouve que l'on pourrait renforcer la loi. En effet, comment une école "défavorisée" peut-elle donner priorité à des groupes favorisés si ces gens ne se présentent pas à l'école. En outre, dans le même environnement, on peut très bien avoir des écoles "blanches" ou favorisées, qui continuent à s'isoler, et des écoles dites "noires". Il faudrait parvenir, à terme, à inciter les écoles blanches à "s'interculturaliser".