Il n’y a aucun doute, et son président Karim Ouachek le reconnaît sans problème, la Foire musulmane de Bruxelles est d’abord une affaire de gros sous, "qui marche" et qui espère accueillir 20 000 visiteurs d’ici lundi au sein des 8 000 mètres carrés réservés aux stands.

"Alors vous savez, savoir si on accueille trop ou trop peu de chiites, trop ou trop peu de Turcs ou de sunnites, ce n’est pas vraiment une question que je me pose. Moi je réponds à la demande. Si une association soufie souhaite un stand, elle l’aura. Cette année personne ne m’a contacté, il n’y en aura donc pas."

"Disons que la Foire représente le public sunnite et maghrébin qui correspond à la majorité de la communauté musulmane en Belgique. Mais elle ne fera pas d’efforts non plus pour assurer une vraie visibilité aux minorités", précise un autre observateur qui préfère s’exprimer en off.

Car là est bien la polémique qui entoure chaque année la Foire. De qui fait-elle le jeu ? Accueille-t-elle vraiment tout le monde ? Ses prédicateurs ne sont-ils pas là avant tout pour pousser la parole des Frères musulmans ?

Le politique au service du commercial

Derrière le volet commercial en effet, se présente un volet plus politique et religieux qui propose une série de débats de société (Faut-il supprimer les cours de religions ? Quelle politique pour les réfugiés ?…).

Ce volet, c’est la Ligue des musulmans de Belgique (LMB) qui le prend en charge. Aux racines diverses, beaucoup placent cette Ligue dans le sillage des Frères musulmans. "Mais c’est qui les Frères ?" regrettent les membres de la Ligue qui, s’ils ne rejettent pas explicitement cette accusation, regrettent qu’on les enferme dans ces cases.

Au-delà des cases cependant, le discours est très assumé. "Ici vous n’entendrez pas ceux qui proposent aux musulmans de se cacher pour se faire accepter, c’est vrai", glisse-t-on entre deux stands.

L’islam de la Ligue est un islam assumé, visible, et qui regrette l’absence de religiosité dans la société. "Oui nous voulons nous affirmer et peser dans le débat public en tant que musulmans, car nous avons une plus-value à apporter", assurent plusieurs visiteurs.

Du côté de la LMB donc, on aime scruter le monde anglo-saxon et sa laïcité qui offre beaucoup plus de visibilité aux cultes. On regrette la société belge "trop aseptisée" et "qui espère trop souvent étouffer la religiosité dans la sphère privée". L’islam de la Ligue est donc bien un islam politique qui propose une éthique englobante et qui vise non seulement les mœurs privées, mais aussi le collectif.

Les conservateurs à la mode

Les personnalités invitées à s’exprimer cette année seront dès lors majoritairement de cette trempe. On y entendra entre autres Mohamed Bajrafil ou le très à la mode imam d’Ivry, le mesuré Ghaleb Ben Cheikh, titulaire d’une émission reconnue sur France 2. Mais on n’y entendra pas le très conservateur Omar Abdelkafi qui n’a pas toujours été tendre avec les femmes musulmanes non voilées mais qui s’est décommandé. "Bien sûr que le discours de personnalités qui viennent d’autres horizons peut heurter, mais écoutez-les au-delà des formules chocs qu’on leur accole", s’indigne-t-on près du stand de la LMB.

"Honnêtement", explique un observateur musulman, "il n’y a pas une grande diversité d’orateurs. Ils sont plutôt conservateurs et donc à la mode. Mais on n’entendra pas d’incitations à la haine. Ce que l’on peut dire surtout, c’est que la LMB a pu trouver des personnalités médiatiques qui attireront les chalands. Tout le monde est donc content, même si cela va à l’encontre d’une conception de la laïcité répandue en Belgique et qui reste frileuse face aux religions."

Jan Jambon, le ministre N-VA de l’Intérieur, ne s’est, de son côté, opposé à aucune venue sur le territoire.