La fraude à l'Office wallon des déchets (OWD) a été construite et exécutée pour contourner les contrôles de la Cour des comptes, dont la mission n'est d'ailleurs pas de détecter les fraudes, tâche de l'administration ou des pouvoirs judiciaires, a affirmé mercredi le président de la Cour des Comptes Philippe Roland. La Cour des comptes a signalé les lacunes du contrôle interne "avec la même diligence et le même professionnalisme" pour l'OWD que pour les autres organismes, a assuré M. Roland, qui présentait à la presse le 27e cahier d'observations que son institution adresse au parlement wallon.

Il répondait ainsi à une remarque du ministre de l'Environnement Carlo Di Antonio (cdH) qui, en confirmant l'existence de cette fraude la semaine dernière au parlement wallon, s'était interrogé sur le fait que la Cour avait validé les comptes 2013.

Un comptable de 64 ans de l'OWD est recherché par la justice depuis le 16 février après avoir avoué devant sa hiérarchie - mais pas devant la justice - des détournements de subsides sur ses comptes personnels de l'ordre d'au moins un million d'euros. Son épouse a été arrêtée pour blanchiment. Les faits, initialement présumés commis depuis 2013, remonteraient à une période plus étendue et concerneraient au moins deux millions d'euros.

La Cour des comptes signale depuis les années 2000 des défauts de contrôle interne et de double signature dans plusieurs organismes et administrations wallons. Si l'administration ne doit pas attendre une législation pour imposer un contrôle interne efficace, ce n'est qu'au 1er janvier 2017 que le décret l'imposant - sur base d'une loi de 2003 - entrera en vigueur en Région wallonne, a fait observer M. Roland.

Une telle fraude serait indétectable à son institution si des faux y viennent en appui, selon lui. M. Roland s'est refusé à fournir davantage de détails sur "certaines informations dont nous sommes en possession", enquête judiciaire oblige.

La Cour insiste toutefois, de manière plus générale, sur la nécessité, plus importante encore dans des petites structures, de séparer les fonctions de comptable et de trésorier. Si dans un même organisme, la même personne autorise, paie et inscrit la dépense dans la comptabilité, si elle tient la signalétique des fournisseurs, elle peut construire une fraude, a glissé le président de la Cour des comptes.

"Si une équipe est petite, il est plus difficile d'assurer la séparation des fonctions, et plus il y a de structures dans un même périmètre, plus elles sont petites", a-t-il ajouté, en rappelant les impondérables tels qu'un congé de maladie ou autre.