Un numéro d’appel unique à composer le soir, le week-end et les jours fériés. Voilà la voie que les patients devront suivre à l’avenir pour entrer en contact avec le généraliste de garde. Au terme des tables rondes sur la garde en médecine générale, il apparaît qu’un large consensus s’est dessiné dans la profession pour généraliser ce système. Et que la ministre Onkelinx (PS) soutient l’idée.

Le numéro d’appel unique existe déjà dans certaines régions rurales, où la pénurie de médecins généralistes se fait particulièrement ressentir. Dans ces zones (la province de Luxembourg, les régions de Charleroi, La Louvière, Binche, Mons, Chimay, Dinant, Bruges et Lierneux), chaque patient qui compose le 1733 est mis en contact avec un opérateur (bien souvent un pompier) qui trie les appels. Soit la situation requiert une intervention d’urgence hospitalière, et le Smur (service mobile d’urgence et de réanimation) sera requis. Soit l’appel relève de la médecine générale, auquel cas le téléphoniste, selon le degré d’urgence, dépêchera un médecin généraliste au domicile du patient, enverra le patient au poste de garde le plus proche ou chez le médecin généraliste de garde, ou conseillera une visite ultérieure (hors période de garde) chez le médecin traitant du patient, dans le cas où aucune intervention rapide n’est nécessaire.

Qui endosse la responsabilité du tri ?

Le standardiste joue un rôle central dans ce dispositif. Une formation de 90 heures leur est délivrée. Et des stages sont prévus. Ce qui n’empêche pas certaines erreurs de jugement. "Il y a eu des décisions problématiques dans les zones test, confirme le Dr Anne Gillet, présidente du Groupement belge des omnipraticiens (GBO). On ne peut empêcher toute erreur. Mais on réduit les risques avec la formation des téléphonistes et l’organisation de leur travail selon des modèles de décision à suivre précisément. L’évaluation des tests a été très positive."

Il n’empêche. La question de la responsabilité d’une telle décision se pose clairement. Qui doit assumer l’éventuelle erreur de jugement qui déboucherait sur une prise en charge inadéquate, voire une issue fatale ? La profession refuse d’endosser la responsabilité du triage d’appels. Selon les conclusions de la table ronde, la ministre de la Santé publique accepte l’idée d’une "responsabilité d’Etat". Elle annonce un projet législatif en ce sens.

L’autre question sensible, c’est celle du coût d’un tel dispositif. A l’échelle d’une province, ce sont de 5 à 8 personnes qui doivent être rémunérées pour répondre et trier les appels. Laurette Onkelinx (PS) espère décrocher un million d’euros dans le cadre des discussions sur le budget 2014, afin d’étendre le 1733 à d’autres zones. L’objectif est de généraliser le dispositif progressivement à l’ensemble des zones, en fonction des besoins et des désirs des cercles de médecins généralistes, sans pour autant le rendre obligatoire.

Les syndicats de médecins sont en tout cas demandeurs. Pour l’Absym (Association belge des syndicats médicaux), "le triage des appels, tel qu’il existe déjà dans certaines régions, peut encore s’améliorer mais l’exemple des pays voisins a démontré que ce système pouvait être efficace et améliorer l’aiguillage des patients vers l’offre de soins la plus adaptée, et donc apporter une plus-value pour le patient". Pour Anne Gillet (GBO), le tri des appels est "la pierre angulaire du système de garde". Elle demande "la couverture généralisée de tout le territoire dans les plus brefs délais, avec une priorité donnée aux cercles de généralistes en détresse". Pour le GBO, les soins de santé devraient reposer sur ce slogan : "Les meilleurs soins, au meilleur endroit, par le prestataire le plus adéquat, au moment le plus pertinent".