La convention n'est pas encore sur les rails. Mais elle a déjà été adoubée par le Roi vendredi dernier. Le Palais souhaite même qu'elle soit installée "le plus vite possible après la formation du nouveau gouvernement", selon les termes du communiqué qui a été diffusé après la visite chez le Roi des réconciliateurs Herman Van Rompuy et Armand De Decker.

Cette convention, ou tout autre formule du genre, n'est pas une surprise. Elle paraît même incontournable dès lors que les vainqueurs du dernier scrutin, le cartel CD&V/N-VA et le MR, ont choisi de ne pas oeuvrer à la formation d'un gouvernement qui aurait une majorité des deux tiers au Parlement fédéral. On sait en effet qu'une réforme de l'Etat d'une certaine ampleur nécessite des majorités spéciales. Or, une réforme de l'Etat ambitieuse, c'est précisément ce que réclament les partis flamands - le cartel CD&V/N-VA ayant même fait de son obtention un préalable à la formation du gouvernement.

L'objectif de la convention est donc double : 1° "dépolluer" la négociation du gouvernement de l'empoisonnante discussion communautaire et 2° tenter de trouver hors de l'orange bleue des formations politiques prêtes à soutenir une réforme de l'Etat.

La politique belge sera donc à nouveau bientôt submergée par d'improbables calculs arithmétiques. Elle en a l'habitude. La Belgique a déjà connu cinq réformes de l'Etat. A chaque fois, c'est une nouvelle équation à résoudre.

Ecolo-Groen !, l'apport pivot

L'orange bleue totalise 81 voix à la Chambre (30 CD&V/N-VA, 23 MR, 18 Open VLD et 10 CDH). Il manque donc 19 voix pour arriver au cap des 100 qui constitue, à la Chambre, les deux tiers des députés. Pour atteindre le solde, il serait mathématiquement possible - et tout juste suffisant - de s'attacher le soutien du SP.A (14 sièges) et de La Liste Dedecker (5 sièges), deux formations politiques favorables à une réforme de l'Etat. Mais les partis francophones de l'orange bleue ont déjà fait savoir qu'ils refusaient de faire dépendre leur sort à celui de La Liste Dedecker. Reste le SP.A qui rejette l'idée de participer à la convention, mais pourrait bien soutenir, "à la carte", les projets de réforme qui en résulteraient. Côté flamand, il y a donc 14 voix potentielles.

Cela suppose l'apport d'un parti francophone hors orange bleue. C'est Ecolo (8 voix auxquelles on rajoutera les 4 de Groen ! en cheville avec les verts francophones) qui se montre le moins réticent à l'idée de participer à la convention. Pour autant que le SP.A donne lui aussi son aval, l'apport des écologistes suffirait à ficeler une réforme de l'Etat. Il rendrait inutile le soutien du PS, qui a pourtant participé à toutes les aventures institutionnelles du pays. Il rendrait même la N-VA dispensable. C'est dire si la formule revêt un certain attrait pour l'orange bleue. Mais il faudra voir dans quelle mesure le MR et le CDH pourraient participer à une réforme de l'Etat en laissant seul dans l'opposition le PS qui constitue, selon les cas, leur meilleur ami ou leur meilleur ennemi.