Quatre mois et huit jours : c’est la durée de la détention préventive qu’a subi Rita Henkinet, cette infirmière de Rocourt âgée de 54 ans inculpée de l’assassinat de ses deux enfants majeurs handicapés.

On s’en souvient, c’était le samedi 2 mars. Rita Henkinet avait administré des médicaments à ses deux enfants, Arnaud, 26 ans, et Audrey, 25 ans. Ils se sont endormis et elle les avait étouffés. Elle avait ensuite ingurgité des médicaments et de l’alcool. Sans l’arrivée de son frère, elle n’aurait pas survécu.

Les deux enfants souffraient d’infirmité motrice cérébrale. Ils étaient en institution. La maman allait régulièrement les voir en semaine et les accueillait chez elle le week-end. Le père des enfants l’avait quittée peu après la naissance de la cadette, dont l’état s’était dégradé au fil des ans.

La juge d’instruction en charge du dossier, a libéré Rita Henkinet hier via une "mainlevée". C’est une mesure relativement peu fréquente, prise sous la seule responsabilité d’un juge d’instruction. Rita Henkinet a donc pu quitter la prison où elle était incarcérée depuis le 2 mars. Le parquet ne souhaitait pas sa libération. Vendredi dernier, elle avait comparu devant la chambre du conseil qui devait statuer - comme tous les trois mois, comme le prévoit la loi pour les inculpés d’assassinat - sur sa détention préventive. La chambre du conseil l’avait libérée mais le parquet avait fait appel.

"Elle ne compte pas actuellement retourner dans sa maison. Elle sera accueillie par des proches", explique son défenseur, Me Alexandre Wilmotte. L’avocat avait plaidé sa remise en liberté : "Il n’y avait pas d’absolue nécessité pour la sécurité publique. Vu le contexte très particulier de l’affaire, le risque de récidive était nul".

L’enquête judiciaire est bien avancée. Une reconstitution dans la maison de Rocourt, à laquelle a pleinement collaboré Rita Henkinet, a déjà été organisée. Les rapports des psychiatres qui l’ont examiné sont attendus dans un délai proche.

"Elle est parfaitement consciente de la gravité des faits qui lui sont reprochés. Elle a la volonté d’expliquer sur ce qui s’est passé", dit Me Wilmotte. Même si elle est libre, Rita Henkinet devra répondre de ses actes, très vraisemblablement devant la cour d’assises de Liège pour un double assassinat. "L’objectif est de préparer un procès, qui sera assurément difficile, mais dans la plus grande sérénité", dit Me Wilmotte, qui n’exclut pas un procès l’année prochaine.

L’analyse des facteurs humains y sera extrêmement délicate. Cette infirmière, qui était en arrêt de travail depuis 2009, vivait une souffrance au quotidien. Totalement débordée, en butte avec des institutions qui voulaient aller dans un autre sens qu’elle, elle avait estimé qu’il n’y avait plus de solution pour elle et ses enfants. "Elle veut s’expliquer pour qu’on puisse comprendre, sans juger trop rapidement", dit Me Wilmotte.

J. La.