Belgique

La mort de Michaël Takin, survenue samedi à la prison de Jamioulx lors d’un transfert interne de sa cellule vers le cachot, n’est pas claire. Si la direction a d’abord parlé d’étouffement par déglutition intempestive, l’autopsie menée dimanche a montré qu’il n’en était rien. Mais a en revanche mis en évidence des traces de violence contre ce détenu de 31 ans. L’intéressé, qui ne se trouvait en prison que parce que l’établissement de défense sociale où il séjournait au préalable pour des faits de violence n’avait pu l’accueillir à nouveau après une autorisation de sortie, se serait en effet rebellé.

Quelle est l’éventuelle part de responsabilité des trois gardiens concernés par ce transfert ? On l’ignore encore, mais ils ont été entendus lundi par la juge Wauthier (LLB 11/8). Evénement qui a suscité l’émoi parmi leurs confrères, qui sont de ce fait partis en grève mardi.

Ce mouvement a été décidé à la suite des informations diffusées dans la presse, car elles "jettent le discrédit sur les agents et créent un climat d’insécurité tant pour eux que pour les leurs, à l’intérieur comme à l’extérieur de la prison de Jamioulx", indiquait l’agence Belga mardi sur la base de déclarations syndicales. De ce fait, l’audience de vacations du tribunal correctionnel de Charleroi a été privée de ses détenus Mais tout devrait rentrer dans l’ordre à cet égard ce mercredi, a-t-on annoncé mardi encore après que le procureur du Roi de Charleroi, Christian De Valkeneer, se soit rendu sur place en saluant le travail des gardiens.

Par ailleurs, plusieurs membres de la famille du défunt (laquelle s’est constituée partie civile) ayant réclamé des explications, M. De Valkeneer les a reçus le même jour. Ils ont entendu ses explications, qui ne sont cependant pas complètes à ce stade. Plusieurs devoirs d’enquête semblent d’ailleurs prévus à court terme. Il s’agit d’auditions complémentaires - gardiens et détenus - et d’une reconstitution. La médecine légale doit de son côté tenter d’établir le lien éventuel entre les traces relevées sur le corps et le décès du détenu violent.

Les gardiens sont-ils donc en cause ? Il faut d’abord se souvenir que, au mois de juin dernier encore, les délégués syndicaux de Jamioulx étaient déjà partis en grève afin de protester contre la surpopulation régnant dans cette prison, qui abrite actuellement près de 440 détenus, alors qu’elle a été conçue pour 280 pensionnaires.

Il faut également se souvenir qu’une autre affaire du genre avait tourné à l’avantage de gardiens de la prison de Lantin, malgré de premières apparences peu limpides. Le 16 juillet 2003 (les étés sont toujours plus ardus pour la vie en prison), Henri Charlet, un autre détenu violent, s’était lui aussi rebellé. Neuf gardiens et chefs s’y étaient mis pour le maîtriser, mais en le tuant accidentellement. Bizarrement, seuls deux jeunes agents avaient été attraits en justice pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Ils avaient été acquittés en première instance mais le parquet avait interjeté appel. Le second procès leur avait été tout aussi favorable car, le 18 novembre 2008, ils avaient à nouveau été acquittés. Mais à cette occasion, la cour d’appel de Liège s’était faite sévère, en évoquant dans son arrêt des procédures aléatoires, des moyens techniques inexistants, une conjonction de négligences, d’actes inadéquats et de carences, ainsi même qu’un "amateurisme certain de la direction dans la gestion de la crise".

Qu’en sera-t-il cette fois ? L’enquête ne fait que commencer et on ne jettera la pierre à personne, en l’attente de ses conclusions.