La N-VA ne veut pas voir partir de troupes belges supplémentaires en Centrafrique, a déclaré le parti d'opposition alors que les ministres européens des Affaires étrangères ont approuvé lundi le lancement d'une opération militaire de l'Union européen dans le pays. Le gouvernement belge a déjà dit que la Belgique enverrait des troupes supplémentaires sous le drapeau européen, mais il n'y a encore eu aucune décision concrète. Notre pays a déjà envoyé deux avions cargo en soutien à la mission française.

Pour la N-VA, aucune troupe belge supplémentaire ne devrait être envoyée. "Notre pays est, après les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, déjà le plus actif sur le continent africain", a argumenté le parlementaire Theo Francken, qui estime que l'on aurait dû envoyer un groupement tactique européen (GT, ou en anglais "Battle Group" ou EUBG).

Theo Francken se pose également des questions sur l'éventuelle bonne volonté du Premier ministre Elio Di Rupo et son gouvernement à envoyer des troupes supplémentaires, bien que chaque fois rognées par la Défense.

Et, dans tous les cas, le parlement doit être plus étroitement impliqué, comme le gouvernement l'avait proposé. Pour la Libye et le Mali, c'est ce qu'il s'est produit mais pas cette fois-ci, a encore regretté le parlementaire.

Le nombre de soldats européens pourrait s'élever à environ 500, pour aider les forces françaises et celles de l'Union africaine (UA), la Misca, présentes dans le pays à sécuriser Bangui, notamment la zone de l'aéroport.

Centrafrique: Ban Ki-moon appelle à une "action immédiate"

Le chef de l'ONU Ban Ki-moon a appelé lundi à une "action immédiate" en Centrafrique, lors d'une session spéciale du Conseil des droits de l'Homme à Genève organisée pour nommer un expert indépendant sur ce pays.

Ce poste a été attribué à l'issue de la session à l'experte ivoirienne Marie-Thérèse Keita Bocoum, qui a occupé dans le passé le poste de Rapporteur spécial de l'ONU sur le Burundi. Elle a également dirigé les sections des droits de l'Homme du Bureau des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest (Unowa) et de la Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Unamid).

"Je remercie le groupe africain pour avoir pris l'initiative d'organiser la session sur la Centrafrique - une crise aux proportions épiques qui requiert une action immédiate et concertée", a souligné Ban Ki-moon, dans un message lu par le directeur de l'ONU à Genève, Michael Moeller.

"La RCA (République centrafricaine) s'est effondrée (...), la crainte envahit le pays", a-t-il rappelé.

Des forces françaises et africaines interviennent en Centrafrique pour tenter de rétablir l'ordre et une mission européenne doit les rejoindre.

Le pays est plongé dans le chaos depuis la prise du pouvoir par les armes en mars 2013 par la rébellion majoritairement musulmane de la Séléka, et des affrontements opposent régulièrement des membres des communautés musulmane et chrétienne.

"Il y a certes un risque de génocide et ce risque va crescendo si rien n'est fait pour rétablir les attributs d'un État et aider les populations à avoir le minimum", a averti l'ambassadeur centrafricain auprès de l'ONU, Leopold Ismaël Samba.

"Il faut donc une approche holistique, mieux un plan Marshall si l'on veut sauver ce pays et éviter que la gangrène qui le frappe ne se propage chez les voisins de la sous-région", a-t-il dit.

Selon la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, "il y a eu des violations des droits de l'homme à grande échelle".

Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de populations. Près d'un million de personnes ont fui leurs foyers en Centrafrique depuis fin mars 2013. En outre, environ 2,6 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d'aide humanitaire.

Pour Mme Pillay, "une réponse plus robuste à cette crise est urgente pour protéger les civils, empêcher d'autres violences, mettre fin à l'impunité et promouvoir la réconciliation".

Elle a également souligné que "le désarmement des Séléka semble avoir laissé les communautés musulmanes dans une situation de vulnérabilité".

Par ailleurs, elle a indiqué que des témoignages allèguent d'"une implication de certains soldats de la Fomac/Misca (Force multinationale d'Afrique centrale/Mission internationale de soutien à la Centrafrique) dans le meurtre de civils chrétiens, qui devra faire l'objet d'enquêtes supplémentaires".

Forte d'environ 4.400 hommes, la Misca compte un important contingent de soldats tchadiens, régulièrement accusés par la population de complicités avec les ex-Séléka.