Belgique

La généralisation de la carte d'identité électronique décidée en mars 2004 au super Conseil des ministres aurait dû provoquer une saturation des services de population des communes du Royaume. Quelque 780 fonctionnaires, en provenance de la Poste, de la SNCB, de BIAC et de l'Armée ont été détachés auprès des communes pour aider les agents communaux à distribuer le précieux document.

Cette généralisation, initialement prévue sur une durée de trois ans, pourrait prendre finalement cinq ans, la distribution devant se poursuivre jusque fin 2009. Des centaines d'agents supplémentaires, cinq ans de travail à venir, une campagne de sensibilisation du grand public d'un coût annoncé de 750000 euros: ce chantier administratif n'est pas une mince affaire.

Simplifier la vie

Mais, paraît-il, cela vaut la peine en regard des gains futurs de temps et de travail. Demander des documents administratifs sans se déplacer, payer ses achats, effectuer des mouvements financiers sur Internet, apposer une signature électronique ayant la même valeur juridique que celle manuscrite, faire sa déclaration TVA, sont quelques-unes des transactions que permettra l'estimable sésame. De quoi faire saliver les faussaires. Centraliser des informations essentielles à la vie en société sur un même support, c'est également faciliter les objectifs des Départements de recherche et développement de toutes les organisations criminelles.

Pour rendre la vie moins facile aux malandrins, il existait déjà les hologrammes, les caractères lisibles en lumière noire, les motifs visibles en transparence. Il existe maintenant les fautes d'orthographe. L'information ressemble à un canular et pourtant elle est exacte: la Direction générale des institutions et de la population, en charge de l'émission de la CIE, a, en effet, volontairement implanté des «erreurs» dans nos nouvelles cartes d'identité. Ainsi la «Belgique» est devenue «Belgiqeu», la «Belgium» est devenue «Belguim», la «Belgien» est devenue «Belgine».

Le scrutateur pourra vérifier par lui-même: l'arc qui part de la partie supérieure gauche de la photo d'identité comporte cette série de caractères incorrectement ordonnés. Monsieur van Melsen, conseiller à la DGIP, commente: «Ces erreurs sont en fait des pièges et serviront à confondre les réseaux de faussaires. Cela peut paraître surprenant, mais l'idée a déjà été appliquée aux Etats-Unis avec succès. Du reste, il en existe bien d'autres en micros caractères comme sur l'arc de la photo, toutes voulues, que je ne peux bien évidemment pas vous révéler.» De quoi occuper nos loisirs durant les soirées d'hiver: le jeu des sept erreurs?

© La Libre Belgique 2005