Trouver un médecin généraliste à proximité de son domicile devient de plus en plus difficile en Belgique. La preuve ? Comme chaque année depuis 2006, l’Institut national de l’assurance maladie-invalidité (Inami) répertorie la liste des communes où la pénurie de médecins menace ou est déjà une réalité (1). Cette liste est importante. Elle détermine les zones où une aide à l’installation sera accordée aux médecins qui choisissent d’y vivre. Or que constate-t-on ? Que cette liste n’a cessé de s’étoffer d’année en année. En 2007, 131 communes avaient été reconnues en pénurie. L’année suivante, l’Inami en retenait déjà 172. En 2010, leur nombre est passé à 206, puis à 232 l’année suivante. Dans son dernier recensement publié il y a quelques jours, l’Inami a retenu cette fois 256 communes. En six ans, le nombre de communes où la densité de médecins devient problématique a donc pratiquement doublé. C’est désormais presque la moitié du territoire belge qui est concerné.

Ce n’est pas le seul signe. L’Union des classes moyennes (UCM), avec le concours de l’Union des professions libérales et intellectuelles qui en fait partie, vient de publier une petite étude sur la densité médicale. Une étude qui confirme le manque dramatique de médecins - mais aussi de vétérinaires - dans certaines régions. S’il y a en moyenne en Belgique, et toutes spécialités confondues, un médecin pour 485 habitants, il existe de grandes différences selon les provinces. Dans le Brabant wallon, on compte un médecin pour 294 habitants. A l’inverse, dans le Luxembourg, chaque médecin s’occupe en moyenne de 590 habitants. Plus du double. C’est pourtant dans les régions rurales que les distances sont les plus longues. On peut imaginer le temps que les médecins des campagnes doivent consacrer à leur métier. Or, les jeunes ne semblent plus vouloir accepter aussi facilement que leurs aînés des horaires de travail trop lourds. La profession s’est fort féminisée. Aujourd’hui, les trois quarts des diplômés qui sortent des facultés de médecine sont des femmes. Or les femmes tiennent sans doute à mieux équilibrer vie de famille et vie professionnelle.

Pour l’UCM, le numerus clausus est à l’origine du manque actuel de médecins. Le porte-parole des indépendants se félicite dès lors de l’abolition du filtre qui avait été instauré en première année dans les facultés de médecine de la Communauté française et ne doute pas que la limitation du nombre d’agréments Inami sera bientôt levée par le gouvernement fédéral.

L’UCM se félicite d’ailleurs du boom des inscriptions dans les universités. Une augmentation spectaculaire, puisque le nombre des inscriptions en premier bac de médecine, toutes universités francophones confondues, est passé de 2 763 en 2005 à 5 061 en 2010.

Les organisations de défense professionnelle doutent cependant que le problème de pénurie dans certaines régions soit lié au numerus clausus. "Le numerus clausus n’est pas linéaire, explique le docteur Jean-François Soupart, président du Forum des associations de généralistes (FAG). Il y a des quotas pour chaque spécialité. Or le quota attribué aux généralistes n’est jamais atteint. Le problème se situe ailleurs. C’est le manque d’attrait du métier". Et aussi un manque d’attrait de la vie à la campagne. Pour le docteur Jacques de Tœuf (Association belge des syndicats médicaux), "le fond du problème, c’est que le mode de vie y est beaucoup moins attractif".

(1) Concrètement, figurent sur cette liste les communes qui comptent moins de 90 médecins pour 100 000 habitants (ou moins de 120 médecins pour 100 000 habitants dans les régions où il y a moins de 125 habitants au kilomètre carré).