Spécialisée dans le droit des étrangers, l’avocate Selma Benkhelifa défend depuis plusieurs années la cause des réfugiés afghans. Membre du Progress Lawyers Network, elle a reçu en 2004 le prix Kirschen du Barreau de Bruxelles. Elle a répondu à nos confrères de La DH. 

Maggie De Block affirme qu’elle mène une politique humaine. D’accord avec ça ?

Pas du tout ! Avant, il y avait une question au centre de la politique d’asile : le réfugié court-il un risque s’il est reconduit dans son pays ? Aujourd’hui, la question a disparu car les élections approchent. Tout l’enjeu maintenant est de faire preuve de fermeté car les partis craignent la NVA. Maggie De Block s’est lancée dans un bras de fer avec Bart De Wever sur la question. Et comme les sondages sont favorables à la Secrétaire d’État, les autres partis soutiennent sa politique.

Les expulsions de familles sont-elles fréquentes ?

Non mais le problème est ailleurs. D’après l’Unicef, 275 enfants meurent chaque jour en Afghanistan, la plupart avant leur cinquième anniversaire. Renvoyer un enfant là-bas, c’est criminel. Et Maggie De Block s’en rend bien compte. Elle n’expulse donc pas les familles mais elle les maintient ici, dans la clandestinité, dans une sorte de no man’s land. Et si les réfugiés ne sont pas contents des conditions de vie ici, on leur propose les retours volontaires.

Pour le gouvernement, les retours volontaires ont l’avantage de coûter moins cher. Maggie De Block se targue d’avoir fait des économies…

Elle fait des économies sur l’accueil en mettant un maximum de gens à la rue. Ces familles se tournent alors vers les centres d’urgence qui normalement, sont prévus pour les SDF. Après, on s’étonne qu’il y a un problème avec le Plan Grand Froid. Or, on oublie un peu trop souvent que Maggie De Block a aussi la lutte contre la pauvreté dans ses compétences. Et c’est sur ce point qu’elle patauge le plus. La politique qu’elle mène pour l’asile crée une misère insupportable mais sur ça, elle n’est jamais interrogée. À croire que tout le monde se fout des pauvres, qu’ils soient Belges ou Afghans.

Vous demandez un moratoire. Certains prétendent qu’en allégeant la politique d’asile, nous allons être submergés par les demandes. La crainte est-elle fondée ?

Non et plusieurs raisons le prouvent. La Belgique a déjà été plus laxiste et nous n’avons jamais été envahis. Aujourd’hui par exemple, nous répondons favorablement à plus de 90 % des demandes de réfugiés syriens. Nous ne sommes pas submergés par ces derniers pour autant. En outre, c’est tellement le chaos chez eux que la plupart des Afghans ne savent même pas où est la Belgique ni quelle est sa politique d’asile. Et même s’ils le savaient, c’est encore très difficile de parvenir jusqu’ici. Enfin, il y a un système au niveau européen qui fait que le premier pays où les empreintes du réfugié ont été prises est responsable de ce dernier. Les Afghans des pays voisins n’afflueraient donc pas tout d’un coup en Belgique.