Michel Simon est marié à Evelyne Huytebroeck, ministre Ecolo de l’Environnement et de l’Energie au gouvernement bruxellois, depuis une vingtaine d’années. Demeuré fidèle à la maxime de son père - " si tu fais du commerce, ne fais pas de politique et si tu fais de la politique, ne fais pas de commerce " -, il nous reçoit dans le prestigieux magasin Ligne, qu’il dirige. Pourtant titulaire d’un diplôme en droit décroché à l’ULB, ce Gaumais d’origine y est entré comme livreur.

Michel Simon est loin de regretter ce changement de cap audacieux. "Comme étudiant, je passais souvent devant ce magasin en me disant "quel beau magasin", sourit-il en précisant que Ligne fût créé par la grand-mère de Thomas Gunzig en 1966.

"De toute façon, j’aurais fait un très mauvais avocat. Je trouvais toujours mes arguments une fois dans l’escalier alors qu’il aurait fallu les dire au juge ou au client. En fait j’ai un esprit d’escalier", s’amuse-t-il. "Mais avec l’âge, quand je vois mes camarades d’université qui sont devenus avocats, je ne regrette pas. Ils ont souvent 25 kilos de plus que moi. C’est un métier où l’on reste beaucoup assis".

Installé au milieu du mobilier de prestige qui a fait le succès de cette enseigne incontournable des Galerie de la Reine et du Roi, il a accepté de livrer non sans humour quelques aspects de sa vie comme mari de ministre. "Elle est députée bruxelloise depuis 1989, mais c’est devenu plus difficile lorsqu’elle est devenue ministre (en 2004, NdlR), explique-t-il . Il est vrai que nos trois enfants étaient déjà grands. J’ai donc servi de taxi, c’est le rôle du père lorsque la femme n’est pas là. Mais ce n’est pas parce qu’Evelyne est ministre qu’elle ne s’occupe pas de ses enfants et de la maison. Elle est très organisée, elle passe régulièrement à la maison pour voir comment ça va, et pour éventuellement faire quelque chose que je ne peux pas faire. Elle parvient à gérer son temps de façon à laisser un espace à sa famille… et au sport. Une heure ou deux, le soir, pour jouer au tennis."

Pour autant, l’agenda de ministre d’Evelyne Huytebroeck confirme l’expression imagée. "Elle est souvent prise le soir, ça, il faut s’y faire, concède Michel Simon . Heureusement que je suis un grand lecteur de romans. Je reste donc très zen. Le plus dur, ce sont les périodes électorales. Dans ces conditions-là, je n’ai aucun avantage à être marié… j’aurais pu très bien rester célibataire ( rires )." Des avantages, il y en a néanmoins. "Il y a parfois de belles invitations. Je n’accompagne qu’en de rares occasions… parfois je me manifeste pour venir à l’opéra par exemple."

On l’aura compris, Michel Simon ne se mêle guère des activités politiques de son épouse. "Nous n’avons jamais fait de séances photo avec les enfants ou mis en avant la famille et c’est très bien comme cela : notre cocon familial ne regarde personne." Plus encore, la médiatisation d’Evelyne Huytebroeck est même parfois très mal vécue par son mari. "Cela me rend malade, lâche-t-il. Lorsque la polémique Aquiris a éclaté (une affaire de pollution qui avait mis Evelyne Huytebroeck au cœur d’une virulente polémique ), je n’osais pas lire les journaux de peur de ce qu’on allait y dire sur son compte. Par contre, elle supporte cela très bien, elle était touchée par le fait qu’on la salisse mais elle résiste à cela avec un courage étonnant. On aurait dit cela de moi dans les journaux j’aurais démissionné", sourit-il.

Elle a toujours le dernier mot

Les deux époux ne parlent étonnamment jamais politique : "ce n’est pas nécessaire, nous avons d’autres sujets de conversation". "Et puis de toute, façon, si on n’est pas d’accord, c’est elle qui a toujours le dernier mot, je l’ai bien compris, sourit-il. Tout simplement parce qu’elle connaît le sujet beaucoup mieux que moi. Ce n’est pas la peine que je commence à critiquer quoi que ce soit. Parfois je peux marmonner pendant le petit-déjeuner mais je m’arrête rapidement parce que je vois venir la réplique cinglante. C’est quasiment un sujet tabou."

Loin des feux de l’actualité et des débats politiques, Michel Simon a tout de même dû adapter quelque peu sa vie professionnelle à la carrière d’Evelyne Huytebroeck. "Le seul sacrifice que j’ai fait dans mes affaires c’est d’arrêter de solliciter les pouvoirs publics : en clair, je ne réponds plus aux appels d’offres. C’est simple, indique-t-il. Ce n’est pas moi qui meuble son bureau à elle. Et quand le parlement de la Communauté française me demande des prix, je téléphone pour leur dire que je ne peux pas faire cela. Mais je réponds encore aux offres des affaires étrangères, pour les ambassades, etc. Ça c’est autre chose." D’une manière générale, Michel Simon ne crie pas sur tous les toits qu’il est le mari d’Evelyne Huytebroeck. "Mon magasin propose des produits relativement chers pour la plupart des gens, ce qui ne répond pas à l’image que l’on se fait d’Ecolo."