C’est une tendance observée en Belgique comme dans d’autres pays : le nombre de détenus augmente au fur et à mesure qu’on crée de nouvelles cellules. Autrement dit : si on ouvre des prisons supplémentaires, la population carcérale grimpera automatiquement

Pour couper court aux critiques sur l’extension programmée de la capacité pénitentiaire prévue dans le "Masterplan" (environ 2 500 nouvelles places à l’horizon 2016), Stefaan de Clerck, ministre de la Justice (CD&V) sous le précédent gouvernement et artisan de ce "plan pour une infrastructure carcérale plus humaine", brandit invariablement l’exemple hollandais, chiffres à l’appui. Aux Pays-Bas, où la capacité carcérale a été considérablement accrue, 20 % des cellules sont aujourd’hui vides - ce qui permet à l’administration hollandaise de louer à la Belgique, à prix d’or, 650 places dans la prison de Tilburg.

Exact. Mais comparaison n’est pas raison. Philippe Mary a décortiqué les chiffres, leur évolution et la réalité derrière les barreaux hollandais. Force est de constater, au terme de l’analyse, que la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît chez nos voisins du Nord. Dès lors, elle "paraît pouvoir difficilement servir d’exemple à la Belgique".

Jusqu’au milieu des années 1980, les Pays-Bas ont connu un taux de détention parmi les plus bas d’Europe (31 détenus pour 100 000 habitants, contre 72 en Belgique), détaille-t-il. Une concrétisation de l’idée de la "tolérance" de la société hollandaise, ouverte et multiculturelle. Ce modèle a progressivement été remis en cause, sous le coup d’une montée de la punitivité ambiante, des attentats de 2001 et, surtout, des assassinats du leader populiste Pim Fortyn, en 2002, puis du cinéaste Théo Van Gogh, en 2004.

A la clé : un net durcissement des politiques pénales et la plus forte inflation carcérale d’Europe. En moins de 20 ans, le taux hollandais de détention a plus que triplé, passant de 31 détenus par 100 000 habitants en 1984 à 100 en 2003 (contre 88 en Belgique cette année-là). En 2007, ce taux grimpait même à 113 (95 pour la Belgique).

Les Pays-Bas se retrouvent ainsi avec une capacité carcérale sans commune mesure avec la nôtre : plus de 23 000 places, contre un peu plus de 9 000 en Belgique

Autre différence "notable" épinglée par le criminologue : la longueur des peines privatives de liberté. Aux Pays-Bas, en 2007, seuls 33 % des condamnés (soit un tiers) ont écopé d’une peine supérieure à 3 ans, contre 83 % en Belgique (soit plus de 8 condamnés sur 10 !) L’augmentation des longues peines privatives de liberté est d’ailleurs la principale cause de la surpopulation carcérale chez nous.

Le flux de détenus est du coup beaucoup plus important en Hollande : 45 000 entrées dans le système carcéral par an (soit un taux de 272 pour 100 000 habitants), qu’en Belgique : 16 000 entrées par an (soit un taux de 156).

Difficile dès lors de vouloir importer le "modèle" hollandais - pour autant qu’on le considère comme exemplaire - dans le plat pays.