Lorsqu’il fut inauguré dans sa première version en avril 1998 "In Flanders Fields", le musée de la Première Guerre mondiale installé à Ypres avait déjà belle allure grâce au recours aux techniques muséales en pointe du moment. Sa fréquentation en attesta : quelque 200 000 personnes l’ont visité bon an, mal an. Après quelques mois de fermeture pour rénovation et agrandissement, mais surtout pour le remettre à jour à destination d’un public qui n’a plus connu ni témoin direct, ni même lointain de la "grande boucherie", le musée yprois, installé dans l’ancienne halle aux draps, a réouvert ses portes samedi. A cette occasion, il s’est payé le luxe d’accueillir un vice-Premier ministre fédéral (Steven Vanackere, régional de l’étape) et un vice-Premier flamand (Geert Bourgeois, autre régional et grand ordonnateur d’une mémoire de 14-18 de plus en plus flamande) et même le secrétaire-général adjoint de l’OCDE, Yves Leterme, - venu surtout parce qu’il brigue le maïorat dans la cité des Chats Trêve de méchanceté, aucune de ces excellences n’a regretté le déplacement car, dans sa version "new look", le musée devrait, plus encore qu’hier, interpeller les nouvelles générations. Cela tombe plutôt bien car c’est dans cette optique qu’ont travaillé le coordinateur du musée Piet Chielens et son petit noyau d’historiens passionnés par la remise en perspective du conflit. Des chercheurs indépendants et qui ne sont visiblement pas impressionnés par la récupération politique actuelle de l’Histoire qui laisse pantois nombre d’ambassadeurs des pays alliés de 14-18 pour qui jusqu’à preuve du contraire, la Belgique et non la seule Flandre joua un grand rôle dans le conflit.

Puisque l’espace de "In Flanders Fields" a été doublé et que le visiteur peut désormais aussi découvrir un panorama exceptionnel au sommet du beffroi de tout le champ de bataille du Saillant d’Ypres, Chielens et son équipe ont, avec l’aide de spécialistes les plus en pointe, imaginé une scénographie où l’on peut à la fois découvrir la guerre entre Nieuwpoort et Armentières en général et à partir des expériences de vie les plus personnelles. Mais non sans avoir rappelé comment on en était arrivé-là. C’est ainsi qu’un espace rappelle les massacres et les destructions commises dès les premiers jours d’août 14 dans les villes martyres mais aussi dans de plus petites entités comme Vottem dont on retrouve ici, non sans une émotion certaine, des documents photographiques vraiment exceptionnels.

Une grande innovation et originalité de la visite est le recours à un bracelet un peu magique - lire par ailleurs -, mais la mise en scène renvoie aussi sans cesse des traces globales de ce passé agité au vécu personnel à travers les témoignages inspirés de carnets intimes et d’autres écrits interprétés par des comédiens qui parviennent à se glisser avec beaucoup de justesse et de simplicité et sans effets inutiles dans la peau des protagonistes d’hier. Mais Piet Chielens et les siens font mieux encore puisque, grâce à des techniques multimédias, on peut suivre l’évolution du champ de bataille presque en direct.

Moult objets militaires ou humblement quotidiens rappellent au visiteur qui est accueilli dans les trois langues nationales et en anglais que, derrière la partie de Stratego géant des chefs de guerre, se cachent et éclatent souvent des drames humains très individuels. Le musée est loin d’être figé puisque l’ambition de son responsable est d’y introduire chaque année des expositions plus thématiques tout en faisant aussi appel aux visiteurs qui peuvent le compléter par le vécu de leurs propres aïeux. Jusqu’ici les Britanniques (40 % des visiteurs) et les Belges (30 %) se taillaient la part du lion au hit-parade des nationalités, mais l’optique d’"In Flanders Fields" est bien plus large avec notamment une focalisation aussi sur les acteurs malgré eux d’une guerre stupide, tels les soldats mais aussi les serviteurs et autre petit personnel emmenés dans les bagages des troupes coloniales. Rien que sur le front de l’Yser, plus de 50 nationalités nous ont rappelé que la Grande Guerre était bien mondiale

Rens. : www.inflandersfields.be, 057.23.92.20 ou flandersfields@ieper.be.