Les ailes C et D du bâtiment affichent un taux de surpopulation de 235%, ont alerté mardi les bâtonniers bruxellois, la Ligue des droits de l'homme, la commission de surveillance de la prison, l'association syndicale des magistrats et l'Observatoire international des prisons (OIP).

Celui-ci évoque un traitement "inhumain et dégradant" qui s'apparente à de la "violence étatique à la limite de la torture".

Actuellement, 450 détenus sont par trois dans des cellules prévues pour une ou deux personnes, s'est insurgé le bâtonnier de l'Ordre français du barreau de Bruxelles, Jean-Pierre Buyle. "Cela signifie que chaque détenu dispose d'un mètre carré pour vivre dans sa cellule, où il passe 23 heures sur 24", ajoute la présidente de la section belge de l'OIP, Delphine Paci.

Les droits fondamentaux des détenus sont bafoués. "Les normes les plus élémentaires d'hygiène font défaut en raison de l'exiguïté des lieux de vie, de l'impossibilité d'assurer les mouvements vers les douches (qui n'ont désormais lieu qu'une fois tous les trois jours), ou encore du manque de linge (changé une fois toutes les quatre semaines)", poursuit M. Buyle.

Les droits de la défense sont également pour le moins limités, les visites des avocats et les transferts vers le palais de justice étant fortement ralentis. Les détenus ne peuvent même plus espérer une libération conditionnelle puisqu'ils ne peuvent pas se rendre en chambre du conseil, précise la commission de surveillance.

Les intervenants pointent aussi le manque de place dans la salle de visites, où seules 24 rencontres peuvent être organisées par jour, ce qui est l'un des éléments tendant à aggraver le phénomène de déshumanisation des détenus, selon la LDH.

Ceux-ci se trouvent dans une misère morale qui dépasse l'entendement, au point que le "cachot volontaire" est devenu une pratique courante, malgré les conditions de vie insupportables qui y règnent, résume la commission de surveillance, qui tire également la sonnette d'alarme quant à la présence de plus en plus fréquente de détenus souffrant de maladies mentales dans les ailes de droit commun.

Les différents acteurs, réunis mardi au palais de justice de Bruxelles, estiment que la cause de cette surpopulation se trouve dans l'augmentation des détentions préventives et de leur durée, l'arriéré judiciaire du tribunal d'application des peines, ou encore la multiplication des longues peines. Ils sont convaincus que la construction d'une nouvelle prison ne changera rien au problème. Ils réclament la réouverture de l'aile B, qui est actuellement vide, de la prison de Saint-Gilles, la fixation d'un seuil maximum à Forest, l'amélioration des conditions de vie et la mise sur pied d'un groupe de travail pluraliste (SPF Justice, Régie des bâtiments, barreaux de Bruxelles, administration pénitentiaire).

une centaine de cellules prochainement disponibles à Saint-Gilles

La surpopulation au sein de la prison de Forest diminuera d'ici quelques semaines, lorsqu'une aile rénovée de la prison de Saint-Gilles pourra à nouveau être utilisée. Celle-ci dispose d'une centaine de cellules, a indiqué mardi le porte-parole de l'administration pénitentiaire, Laurent Sempot. La réouverture de cette aile est prévue en mai, selon la Régie des Bâtiments.

Les cellules saint-gilloises constituent la seule solution à court terme pour endiguer la surpopulation au sein de la prison voisine de Forest, selon M. Sempot.

A plus long terme, la nouvelle prison prévue à Haren devrait ouvrir ses portes en 2016. Les prisons de Forest et Saint-Gilles devraient à ce moment-là être fermées.

La ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, a déjà indiqué qu'elle travaillait à un projet de loi visant à permettre aux détenus en détention préventive de disposer d'un bracelet électronique plutôt que d'être incarcérés. Elle espère ainsi pouvoir soulager la prison de Forest, où sont détenus de nombreux prévenus.

Au total, 739 personnes sont actuellement détenues à Forest, pour 402 places, ont dénoncé mardi matin les bâtonniers de Bruxelles, l'Observatoire international des prisons, la Ligue des droits de l'Homme, la Commission de surveillance de la prison et l'Association syndicale des magistrats.