Où vient naître la propension à l’extrémisme violent, qu’il soit religieux, de gauche ou de droite ? Sur quel terreau, sur quelles failles ? Et quel rôle tient Internet dans le processus de radicalisation violente ?

Ces questions ne sont plus inédites, mais les conclusions d’une étude de l’Université catholique de Louvain et de l’Université de Gand, apportent un éclairage nouveau.

Ainsi et contrairement à certaines idées reçues confirment les chercheurs, " Internet et les médias sociaux ne constituent pas le point de départ du processus de radicalisation d’un individu. Il constitue un facilitateur qui sera mis à contribution lorsque le processus de radicalisation est déjà enclenché ".

Répondre aux trois fondements

L’élément central sur lequel se base le processus de radicalisation violente, précise l’étude, est bien "l’inconfort moral vécu", ce sentiment d’insatisfaction qui touche un individu lorsqu’il ressent "un écart trop important entre ce qu’il estime être un ‘équilibre satisfaisant’ où ses besoins fondamentaux sont rencontrés et la vie qu’il mène effectivement".

C’est sur ces frustrations que viennent se greffer les groupes radicaux et les mouvements extrémistes. Ceux-ci, conscients de leur attractivité, offrent alors trois éléments qui répondent "aux trois plus importants fondements de la radicalisation" : une réponse existentielle au besoin de sens et de signification, une réponse politique et parfois violente à l’injustice ressentie, et un lieu accueillant et un sentiment d’appartenance.

Le motif n’est pas la cause

Alors que le gouvernement planche sur un "contre-discours" à opposer aux radicaux, notamment sur les réseaux sociaux, cette étude, qui s’ancre sur le terrain belge et qui a été commandée par le SPF Intérieur lui-même, insiste sur le fait qu’une telle démarche de contre-discours "ne sera pertinente que si elle vise à offrir une alternative répondant à ces besoins et pas seulement une alternative déconstruisant un discours".

Les chercheurs regrettent par ailleurs la confusion trop souvent opérée entre les motifs explicites et les causes de la violence. Que les motifs soient religieux ou idéologiques (mise en place de la charia ou chute du capitalisme par exemple), ils demeurent des conditions nécessaires mais pas suffisantes pour expliquer le choix d’actions spécifiques. "Au lieu de se concentrer sur les motifs et l’idéologie, l’attention devrait se porter sur les problèmes structurels, les processus de groupe et les contraintes individuelles perçues comme étant le véritable terreau de la radicalisation violente."

L’injustice perçue, met enfin en garde l’étude, ne se cantonne pas à une seule catégorie de la population. Elle peut être présente dans toutes les couches de la société et relève bien, là est toute la difficulté, de causes non pas conjoncturelles, mais plus profondément structurelles.


Vers la mise en place d’un centre de connaissances sur la radicalisation ?

Si les causes premières de la radicalisation violente ne sont pas imputables à une religion, à une idéologie, à un groupe ni à une couche sociale spécifique, la prévention de la radicalisation ne pourra qu’être la plus globale possible.

Pour mener à bien ces défis , les chercheurs des deux universités proposent au gouvernement la "création d’un centre de connaissances et d’informations sur la radicalisation et l’extrémisme, regroupant des acteurs crédibles et des connaissances pertinentes et soutenues par la recherche". "Ce qui manque, c’est un partenaire central et neutre qui peut apporter des connaissances existantes et ainsi conseiller au mieux l’élaboration d’une politique de prévention intégrée, coordonner les responsabilités, donner des informations concrètes sur la façon de reconnaître et de lutter contre la radicalisation et le soutien, et évaluer les initiatives existantes. Toutes nos recommandations proposées pourraient être organisées par ou bénéficieraient d’un tel centre."