Belgique

Il n’y a pas que les prisons qui sont touchées par la problématique du halal et le ramadan. Les hôpitaux sont aussi concernés. "Les prescriptions religieuses sont très suivies également dans les hôpitaux. Certains patients, notamment les plus âgés, refusent totalement l’idée de ne pas faire le ramadan. Ils disent qu’ils sont à l’article de la mort et qu’ils ont peur de se retrouver devant leur Dieu en n’ayant pas respecté le jeûne. Les menus avec porc sont systématiquement rejetés. Les menus avec viande sont très majoritairement refusés. Les menus suspects de contenir des produits carnés ou alcoolisés sont évités. L’éventualité de la présence d’éléments d’animaux interdits (gélatine ou insuline de porc ) pousse parfois certains patients à ne pas prendre leurs médicaments s’ils n’ont pas la certitude que les produits sont licites", nous a confié la Française Florence Bergeaud-Blackler, docteur en sociologie et chercheur associée à l’Institut d’étude et de recherche sur le monde arabe et musulman (CNRS). Elle est l’un des deux experts qui vont animer les séances de formation dans les prisons francophones belges.

D’après elle, cette situation a évidemment un impact sur l’évolution de la santé des patients concernés dont les patients âgés, les femmes allaitantes et des personnes atteintes de maladies chroniques (diabétiques, hypertendus, asthmatiques, épileptiques, etc.). "Les accidents ne sont pas rares. Un médecin diabétologue parisien a ainsi relevé des décompensations diabétiques deux à trois fois plus fréquentes, entraînant des hospitalisations en urgence, pendant cette période", dit-elle.

D’après elle, le jeûne ou l’exclusion des aliments non halal peuvent conduire à des formes de dénutrition chez des personnes fragiles. Et selon les résultats d’une étude du "British Journal of Nutrition", un patient dénutri a ainsi cinq fois plus de risques de contracter une maladie nosocomiale. "Les patients dénutris présentent un risque accru d’anémie, asthénie, fonte musculaire, altération du système immunitaire qui multiplie les risques d’infections. Les risques les plus sérieux sont les infections du sang comme les pneumonies et les septicémies qui peuvent conduire à un nombre important de décès prématurés", souligne Florence Bergeaud-Blackler, rappelant une étude belge sur les coûts économiques engendrés par les patients dénutris. "Les coûts directs de la dénutrition en institution de soins de santé proviennent principalement de l’allongement du séjour dû à une fragilisation du patient, à sa moins bonne capacité de rétablissement, ou bien à la nécessité d’ajouter des soins consécutifs à la survenue de maladie induite par le séjour hospitalier (exemple des maladies nosocomiales). Un rapport de la Société belge de nutrition clinique estimait à 400 millions d’euros par an c’est-à-dire 7 % du budget hospitalier annuel les coûts directs supplémentaires de la dénutrition". Sans oublier qu’aux coûts directs de l’augmentation du séjour, il convient d’additionner ceux, indirects, supportés par la famille du patient (déplacement, aides familiales, baisse des revenus), mais aussi par la collectivité (absentéisme, remplacement du travailleur et donc baisse de la productivité).

Selon nos informations, le CHU de Liège a commandé un exemplaire du livre "Comprendre le halal". "Nous n’achetons pas de produits halal, mais il faut dire que nous n’avons jamais été sollicités pour de la nourriture halal. Toutefois, nos patients musulmans ont un régime sans porc", nous a expliqué Jean Codognotto, responsable des achats du CHU de Liège. L’hôpital de la Citadelle en région liégeoise également indique que ses patients ont un plateau personnalisé et que les repas sont élaborés sous la supervision du service diététique.