La Shoah belge, enfin au Sénat ?

Belgique

Christian Laporte

Publié le - Mis à jour le

La Shoah belge, enfin au Sénat ?
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Mieux vaut tard que jamais : cinq ans après la publication du rapport "La Belgique docile" du Centre d’études et de documentation Guerres et Société contemporaine sur le rôle des autorités belges dans la Shoah, six sénateurs de la majorité Papillon ont récemment introduit une proposition de résolution visant à organiser un débat sur la question. Une proposition de résolution constate "que, même sous l’Occupation, il existait des marges de manœuvre et des choix possibles pour les autorités belges" et "que dans la majorité des cas, au moins jusqu’à l’été 1942, les cas de refus, de freinage ou de sabotage de la collaboration de la part d’autorités ne constituent que de rares exceptions". La résolution dit encore qu’après la guerre, l’Etat belge n’a pas poursuivi la collaboration anti-juive et n’a jamais reconnu la singularité du judéocide. L’historien Herman Van Goethem, curateur du futur musée Kazerne Dossin, a froncé les sourcils en decouvrant le document. "Il y a une erreur sur le nombre de déportés partis de Malines (29 940 au lieu de 25 484)", mais un autre passage pose problème. "On y lit que l’attitude de nombre de nos compatriotes semble contraster avec ce qu’on pourrait peut-être qualifier de zèle bureaucratique dans la collaboration passive et parfois active de nombreuses institutions et autorités officielles belges. Des ordres, même s’ils sont légaux, ne sont pas toujours légitimes. Les sénateurs suggèrent donc que les ordonnances anti-Juives auraient été légales ! Je suis très surpris de lire cela dans un document parlementaire. L’Occupant ne devait pas respecter à tout prix la légalité belge, mais était lié au droit international. Les ordonnances enfreignaient le Traité de La Haye de 1907. Les administrations belges ne pouvaient donc pas participer à l’exécution de ces ordonnances illégales." Et le Pr Van Goethem de s’étonner de la formulation "collaboration passive et parfois active" : "On peut y lire une réminiscence lointaine des avis de juristes-notables belges en octobre-novembre 1940, sur la légalité des ordonnances anti-Juives. Des avis qui firent que le fonctionnaire pouvait tenir un registre des Juifs et qu’on pouvait les stigmatiser publiquement. Ce furent des infamies juridiques sans précédent dans le droit public belge car cette collaboration ne fut en rien passive. En élaborant le projet de nouveau musée avec Maxime Steinberg, nous étions d’accord pour rejeter le concept de collaboration "passive". Nous tombâmes d’accord pour faire de cet enregistrement illégal édicté en octobre 1940 une des pierres d’angle du musée. Parce que c’est alors que tout a commencé. Une fois que des personnes avaient été qualifiées de Juifs, on pouvait aisément concrétiser leur statut discriminatoire."

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