Cela n’a duré qu’une heure. Mais de mémoire d’agent, ce n’était jamais arrivé. Mercredi, pour la première fois de son histoire, la Sûreté de l’Etat a organisé une conférence de presse dans ses locaux du North Gate à Bruxelles pour présenter son rapport 2011. En 110 pages, le rapport toujours très attendu dresse l’état des lieux des mouvements extrémistes en Belgique, des risques d’espionnage ou de sécurité et des moyens alloués au service de renseignement belge. "Il n’y a pas d’informations classifiées" , a prévenu le patron de la Sûreté, Alain Winants, qui précise que l’idée de ce rapport est née il y a quatre ans "du constat de la mauvaise information - et parfois de la désinformation - du grand public et des médias quant aux missions et au travail de notre service". "Nous ne sommes pas des clones de certains héros de fiction, comme James Bond " , a-t-il ajouté.

Le principal souci : les salafistes

Le développement de l’idéologie salafiste en Belgique est - et reste - la principale préoccupation du chef de la Sûreté. Alain Winants voit dans le safafisme politique "une forme plus pernicieuse" que les attentats, qui "aboutit à un repli identitaire, à une bipolarisation de la société belge". Les salafistes tentent de séduire des jeunes musulmans en décrochage scolaire ou sans emploi, qui voient "dans ce retour aux sources, comme une réponse à leur situation" . Toutefois, souligne le patron de la Sûreté, il ne s’agit que d’une " minorité agissante ". Il y a en Belgique "quelques milliers" de sympathisants salafistes, "quelques centaines" d’activistes et "quelques dizaines" qui partent vers les zones de la guerre sainte. Leurs destinations les plus prisées sont le Yémen, la Syrie, la Somalie ou le Mali.

Dans son rapport, la Sûreté estime l’extrême droite peu active en Belgique, très dispersée et plongée dans l’univers virtuel du Net. Elle note qu’une partie seulement des groupuscules se nourrit de l’islamophobie, l’hostilité des autres restant "principalement braquée sur les Juifs et sur les étrangers en général" . Le rapport contient également une très intéressante analyse du discours d’Anders Behring Breivik, ce Norvégien d’extrême droite qui fit 77 morts et 151 blessés lors des attentats d’Oslo le 22 juillet 2011. La Sûreté estime que l’idéologie de Breivik "est clairement d’extrême droite, mais pas religieuse dans son essence; elle est basée sur l’identité, la loyauté au peuple (occidental) norvégien" . Hostile à l’Union européenne, à ce qu’il appelait l’islamisation de la société, Breivik en voulait aux "marxistes culturels" vecteurs selon lui du politiquement correct, du féminisme, de l’égalitarisme, de l’humanisme, et de la globalisation. Selon le rapport, l’extrême gauche belge s’est en partie investie dans des stratégies électorales. En revanche, le service de renseignement note une " incontestable radicalisation" des anarchistes.

Quelques révélationsLe rapport révèle aussi plusieurs affaires qui ont peu ou pas été répercutées par les médias. On apprend ainsi que la Sûreté a lancé une enquête pour s’interroger sur les liens qui existent entre les services secrets pakistanais de l’ISI et le "Kashmir Centre EU". "L’ISI, service pakistanais, dispose d’un représentant officiel en Belgique, mais cela ne signifie pas qu’il peut entreprendre des actions sur notre sol", juge la Sûreté. Le service a aussi identifié en 2011 plusieurs officiers de renseignement russes qui utilisaient de fausses identités belges ou non russes. "Le processus d’élaboration de ces fausses identités remonte jusqu’aux années 1960", dit-elle.