Coup de Filet

Six personnes interpellées - dont Fouad Belkacem, placé hier soir sous mandat d’arrêt comme trois autres individus - à l’issue de 48 perquisitions menées à l’aube dans le cadre d’une enquête antiterroriste visant le groupement de fait Sharia4Belgium. Justice et police - qui avait mobilisé 225 policiers - ont frappé fort. Ils ont démantelé une des filières qui envoyait en Syrie des combattants. Ceux-ci rejoignaient les groupes les plus extrémistes parmi ceux qui veulent faire tomber le régime de Bachar al-Assad. Pour les services de police, cette action est l’aboutissement de 20 000 heures de travail.

L’instruction, pour infraction à la législation antiterroriste, lancée sur Sharia4Belgium, a mis au jour le fait que 33 personnes d’Anvers et de Vilvorde se trouvent en Syrie ou sont en train de s’y rendre via cette filière active depuis le mois d’août dernier.

C’est peut-être une fraction des Belges qui combattent en Syrie. Au cours des derniers mois, les départs se sont multipliés, suscitant l’inquiétude et les appels à agir dans le monde politique. Des parlementaires ont cité le nombre de 200 personnes parties en Syrie. "Ces 33 noms, nous en sommes sûrs", dit Eric Van der Sypt, porte-parole du parquet fédéral, ajoutant que l’action coup-de-poing menée hier matin n’est en rien commandée par ces développements récents. "Cela n’a ni précipité, ni retardé, ni gêné notre action", dit-il.

Les 48 perquisitions d’hier ont majoritairement eu lieu en Flandre : 32 en province d’Anvers (surtout Anvers), 15 dans le Brabant flamand (essentiellement à Vilvorde, mais aussi à Laeken, Schaerbeek, Jette et Zaventem) et une à Charleroi. Ni armes, ni explosifs n’ont été découverts. Des ordinateurs, GSM et 30 000 euros ont été saisis. Il n’est pas question de projet d’attentat.

L’instruction, ouverte auprès d’un juge anversois, a débuté en février 2012. Son objet était de vérifier si Sharia4Belgium est un groupe terroriste - ce dont la justice est aujourd’hui persuadée - et qui sont ses dirigeants et ses cadres. L’enquête a mis en lumière le fait que le cadre de référence du groupe est le salafisme djihadiste. Ce courant fondamentaliste plaide pour un retour à "l’islam pur" de l’époque du prophète. Ce courant djihadiste veut atteindre ses objectifs par la violence. Sharia4Belgium, qui fait partie d’un mouvement international, s’est par ailleurs fixé pour objectif d’instaurer le califat, appliquant la charia.

Sharia4Belgium a mené des actions violentes dès juin 2012 à Molenbeek après l’interpellation d’une femme en niqab. En août dernier, les enquêteurs ont pu déterminer que des militants de Sharia4Belgium commençaient à se rendre en Syrie pour participer à la lutte armée. "Ils auraient rejoint des groupes de combattants aux idées salafistes djihadistes inspirées par al Qaeda et participeraient à des combats et même à l’enlèvement et à l’exécution de ce qu’ils appellent les mécréants", dit M. Van der Sypt.

Afin de recruter, Sharia4Belgium, dont les dirigeants, le noyau dur et les sympathisants ont été patiemment identifiés, utilisait notamment les "Streetdawa". Cette technique a notamment été largement employée à Vilvorde. Il s’agit d’aborder personnellement les jeunes en rue pour les inviter ensuite à rejoindre des lieux privés à Anvers. C’est là, qu’ils sont endoctrinés. A côté de ces formations, ces jeunes recrues recevaient des entraînements poussés aux sports de combat. Parmi les 33 personnes qui sont en Syrie ou en route, certains sont rentrés en Belgique avant de repartir.

Cette instruction, qui a mené aux perquisitions et arrestations d’hier, n’est pas la seule ouverte par le parquet fédéral. Il y a d’autres filières d’envoi de combattants vers la Syrie. Mais le parquet fédéral reste discret sur ces autres enquêtes, qui ne sont pas centrées sur Anvers et Vilvorde. "Il est important de s’attaquer aux structures et aux groupes qui permettent à de jeunes Belges de se rendre en Syrie", dit M. Van der Sypt. Pas question toutefois de "mettre dans le même panier tous les jeunes qui sont partis. Certains partent par idéalisme et rejoignent des groupes dont l’objectif est de protéger la population civile, de renverser le régime et de le remplacer par un état démocratique", ajoute le magistrat.

La priorité est de d’abord viser ceux qui, mus par des motifs djihadistes, ne se privent pas de recourir à la terreur. C’est principalement - mais pas seulement - dans ce dernier groupe que se trouvent ceux qui pourraient représenter une menace à leur retour en Belgique. Parfois traumatisés par les combats, ils peuvent poursuivre ici leur radicalisation et utiliser l’expertise militaire acquise en Syrie.

Parmi les jeunes identifiés partis en Syrie figurent des mineurs. Combien ? M. Van der Sypt se refuse à donner de chiffre. Ces cas sont traités dans les parquets locaux - seuls compétents en matière de mineurs - où des dossiers de mineurs en danger ou de disparition inquiétante sont ouverts.