Une maille dans l’autre, par engrenage d’un côté puis de l’autre : l’image vestimentaire de tirette ou de fermeture Eclair (marque déposée) est parlante. On zippe ici, dans le registre politique, sur une présence alternée de candidats des deux sexes de haut en bas des listes électorales. Voici que cette tirette remonte sans accroc dans l’actualité.

Pour rappel ("La Libre" du 26 janvier), on ne parle pas ici d’élections générales (régionales, législatives, européennes) : des propositions sont bien déposées à la Chambre comme au Sénat pour y coudre des tirettes, mais leur aboutissement est aléatoire; et on imagine mal, s’il se trouve une majorité pour les voter, qu’elles puissent s’appliquer dès la prochaine échéance de la mi-2014. Ce que l’on évoque ici, ce sont, déjà, les prochaines élections locales d’octobre 2018.

La tirette sera d’application dans les 19 communes bruxelloises. Ainsi, à partir d’une proposition CDH, en a décidé le Parlement régional bruxellois dès mars dernier à une large majorité (un seul député, N-VA, a voté contre). La même "présence égale et alternée entre les femmes et les hommes" s’imposera sur les listes communales et provinciales en Wallonie. Ainsi, à partir d’une proposition d’abord Ecolo, en décidera le Parlement wallon jeudi prochain, très largement aussi voire à l’unanimité. En tout cas, c’est à l’unanimité qu’elle a été votée en commission, avant les congés de Carnaval.

Au moins un symbole

Tout le monde est donc pour. Ou paraît être pour. Mais tout le monde est-il convaincu ? Ça, c’est autre chose ! Du court débat en commission, c’est le scepticisme qui a dominé. Le mot "symbole" est tombé de quelques lèvres. Dont celles du ministre en charge des élections, Paul Furlan (PS), qui naguère avait déjà confié qu’il n’était pas chaud. "Je pense , dit-il désormais, qu’on est dans l’ordre du symbole, mais qu’en la matière, les symboles sont importants, voire essentiels."

Mouais. Comprenons que le vocable symbolique est une manière détournée, politiquement correcte, de douter de l’efficacité. Furlan encore, d’ailleurs explicite : "Je suis prêt à accepter ce symbole de la tirette. Si, en plus, cela peut avoir une efficacité, si cela peut amener plus de mixité dans les conseils communaux, je pense que ce sera une bonne chose."

L’alternance en tête, oui. La tirette, bof

Où seraient les problèmes ? Plus tant, cette fois, dans le principe; même si, comme à chaque réforme qui pousse à la représentation des femmes, on entend que mieux vaudrait faire évoluer naturellement les choses plutôt que de les imposer

Les doutes résident plutôt dans l’application du dispositif, et dans ses résultats. Dans l’application ? Il faut trouver assez de femmes en ordre utile : la difficulté, c’est parfois plus la disponibilité de Madame que les réticences à s’effacer de Monsieur. Dans les résultats ? Il se fait que la visibilité des candidats ne varierait plus guère, une fois passées les premières places (et avant d’arriver à la dernière). Il se fait aussi que le réservoir des voix de la liste (techniquement : l’effet dévolutif de la case de tête) s’épuise dès les premières places. Donc, ce sont les voix de préférence qui jouent ensuite, indépendamment d’une place déterminée. Et donc, si l’alternance des genres est précieuse aux deux premiers rangs (où elle est déjà obligatoire), elle ne servirait pas à grand-chose ensuite.

Réamorcer la pompe

A ces sceptiques, les couturiers de la tirette, André Bouchat, député wallon et bourgmestre CDH de Marche-en-Famenne, et Isabelle Meerhaeghe, députée wallonne Ecolo, répliquent que la représentation politique des femmes ne se serait pas améliorée sans obligations; que la motivation des candidats n’est pas une affaire génétique (mais bien, ce peut être vrai, culturelle); et que si l’impact est plus grand sur les deux premières places, on ne peut négliger celui d’une visibilité plus systématique par la suite. C’est précisément surtout vrai au niveau communal, où les listes sont plus longues que pour d’autres scrutins

En tout cas, la présence des femmes a globalement marqué le pas aux élections locales d’octobre, à l’inverse de leur renforcement continu aux divers scrutins depuis une vingtaine d’années, dès l’application des premiers "quotas" - ouh, le vilain mot.