Lorsque les voitures blindées du convoi présidentiel arrivent au Palais royal, les services de sécurité américains sont confrontés à une première difficulté. Le porche d’entrée donnant accès à la cour d’honneur est trop étroit pour laisser passer "The Beast", le véhicule à 1,2 million de dollars abritant Donald et Melania Trump. C’est le prix de cette voiture prévue pour résister à tous les scénarios d’attaque grâce à des portes blindées de 20 centimètres d’épaisseur.

Mais cette protection a aussi une dimension physique : une largeur hors norme. "Normalement, les chefs d’Etat reçus par le Roi restent dans leur voiture et n’en sortent que lorsqu’ils sont dans la cour, confie une source dans les hautes sphères de l’Etat. Trump est donc resté à découvert devant la façade quelques secondes avant de rentrer à pied dans le palais, mais cela avait été planifié avec les services secrets US."

Nous sommes mercredi, il est 16 h 30. Le président américain va rencontrer le roi des Belges.

Melania Trump en français avec la Reine

Pour sa rencontre avec Philippe, l’ex-businessman avait demandé que sa femme, Melania, soit également présente. Le protocole impose, dans ce cas, la présence de la Reine. L’entretien à quatre, "cordial et chaleureux mais dénué de toute considération politique", a duré 20 minutes. Dans le "salon du vase", situé au premier étage du palais, la "First Lady" discutait avec Mathilde en français, l’une des langues maîtrisées par l’ex-mannequin slovène.

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Le stress des ministres belges

Dans un autre boudoir royal (le "salon des pilastres", tout en dorures), situé au même étage, les représentants du gouvernement fédéral patientent. Les contacts diplomatiques entre Belges et Américains ont prévu une heure au total pour les entrevues entre "Potus" ("President of the United States") et les autorités locales. Après le Roi, le gouvernement fédéral a droit à son tour à quelques minutes avec Trump. Le Premier ministre Charles Michel est présent. Il est accompagné de Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, mais aussi de Steven Vandeput, le ministre de la Défense.

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Les chocolats du "hellhole"…

Ils sont un peu inquiets. Alors candidat à l’investiture républicaine, Donald Trump avait tenu des propos particulièrement méprisants à l’égard de la Belgique. Lors d’une interview sur la chaîne "Fox Business", il avait qualifié Bruxelles de "trou à rats ("hellhole") où les musulmans ne sont pas parvenus à s’intégrer". Pourtant, désormais président, le leader populiste affiche un tout autre visage : celui de la décontraction et de la franchise. Côté belge, on respire… "Il est venu sans notes, relève, amusé, un membre de la délégation fédérale. En face, à la table, nous étions avec nos dossiers, nos fiches. J’ai été très frappé par sa cordialité. Son énergie était impressionnante. Mais on sent le businessman en lui, il revenait systématiquement sur les dossiers économiques, les investissements, la création d’emplois. Sur l’Otan, il a expliqué très directement qu’il fallait continuer mais aussi revoir la répartition des charges pesant sur les USA." Pendant que les Belges évoquent les dossiers auxquels ils tiennent (respect de la Cop 21, etc.), Trump distribue à ses voisins directs les chocolats reçus en cadeau et s’en gave lui-même…

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Un gros plan com’

Jeudi, tandis que le président des Etats-Unis se rendait au sommet de l’Otan, Melania Trump et les autres conjoints des chefs d’Etat et de gouvernement venus à Bruxelles à cette occasion, ont participé à des visites culturelles. C’était la compagne de Charles Michel, Amélie Derbaudrenghien, qui était à la manœuvre pour accompagner Melania Trump, Brigitte Macron ou encore le conjoint du Premier ministre luxembourgeois (un Belge). Il n’y avait pas de place pour le hasard dans cette grande opération de communication en faveur de la Belgique. Même les tenues et les sacs à main de la "First Lady" du gouvernement fédéral avaient été prêtés par des stylistes belges. "On ne va pas se le cacher, explique une source, le périple des conjoints dans la capitale était aussi une grande campagne pour revaloriser l’image du pays après le Belgium-bashing qui avait suivi les attentats. On n’aurait pas pu se payer une campagne de promotion d’une telle ampleur…"

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Draguet : "Non peut-être, ça veut dire oui"

Au programme, entre autres, la visite privée du musée Magritte avec présentation par Michel Draguet (le patron des musées royaux des Beaux-Arts). "Melania Trump a été la plus intéressée et la plus attentive à ses explications. Il a très bien fait ça." Une toile a particulièrement marqué les esprits : "L’empire des lumières" où une maison au bord d’un lac est prise entre le jour qui éclaire le ciel et la nuit qui la baigne en même temps. "Au travers de cette toile, on pouvait donner un indice de ce qu’est la Belgique, définie par des antagonismes apparents", analyse un témoin. Le surréalisme… Michel Draguet a d’ailleurs bien joué cette carte lors de la visite en résumant l’âme de notre pays par une boutade : "Si vous avez compris que ‘non, peut-être’, ça veut dire oui, alors vous avez compris la Belgique"…

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