Langue bleue incontrôlable

Langue bleue incontrôlable
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Belgique

Marie Liégeois

Publié le

La presse en a abondamment parlé à la fin de l’été dernier : une maladie venue du Sud, encore inconnue en Belgique, a atteint une série d’exploitations bovines et ovines, à l’est du pays principalement.

Fortes fièvres, perte d’appétit, boitillements, avortements, langue bleuie : les éleveurs concernés ont vu leurs vaches et moutons présenter des symptômes particuliers, bien que sans danger pour l’homme, viande et produits laitiers pouvant être consommés. “Nous pensons que les moustiques culicoïdes ne survivront pas à la baisse des températures et que la maladie ne passera pas l’hiver” annonçait alors l’Afsca.

Réalité de terrain différente

Or, au 31 octobre dernier, veille de la première gelée et du début de l’hiver, le site de l’agence dénombrait 500 foyers confirmés de “bluetongue” (dont 287 d’ovins et 213 de bovins) et 37 exploitations suspectes. Un chiffre qui semble avoir explosé en quelques semaines quand on sait que début septembre la Belgique comptait 70 exploitations touchées, à raison de plusieurs bêtes malades par cheptel.

Mais, plus grave, ce chiffre officiel cacherait une réalité de terrain bien plus importante. 500 foyers : la partie visible d’un iceberg ?

Soucieux de préserver l’anonymat, un vétérinaire du pays de Herve et de la Basse-Meuse, noyau de la maladie qui s’est aujourd’hui répandue dans tout le pays, confie que “le gros problème réside dans le fait que beaucoup de vétérinaires, œuvrant dans la région infectée, ne déclarent plus les foyers qu’ils détectent”.

S’il est très difficile d’évaluer ce “chiffre noir”, les dires de ce vétérinaire sont éloquents : sur une quarantaine de cas, il en a déclaré deux.

Pourquoi un tel décalage ? “L’Afsca a mis au point des mesures bien trop contraignantes pour les éleveurs en regard de la maladie” affirme notre interlocuteur. “Ils ne s’imaginent pas du tout le tort causé aux éleveurs, qui ne veulent pas être déclarés, par peur des pressions” ajoute-t-il.

Le vétérinaire souligne également un “trop grand fossé entre l’Afsca et les vétérinaires de terrain, qui ne reçoivent qu’une “aumône” pour effectuer les prises de sang officielles”.

“S’ils nous considéraient davantage comme des partenaires, nous coopérerions davantage” note-t-il, se défendant de devenir un “contrôleur”.

En ne perdant pas de vue que les vétérinaires sont partenaires des agriculteurs sur le terrain mais également “dépendants” d’eux financièrement, l’on voit se dessiner, et ce depuis le début de la maladie, deux “camps”. Les autorités fédérales d’une part, les professionnels du secteur de l’autre. D’où, en filigrane de la situation officielle déjà préoccupante, cet état des choses “illégal” et inquiétant.

Quoi qu’il en soit, le malaise va grandissant dans la profession, déjà peu épargnée par les précédentes crises liées au secteur alimentaire. “J’ai pourtant une certitude, regrette le vétérinaire, c’est que cette maladie est arrivée ici et ne nous lâchera plus…”

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