L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de publier ses dernières statistiques en matière de cancer du sein. En 2008 ont ainsi été diagnostiqués en Belgique 9 714 nouveaux cas, soit 109 pour 100 000 femmes. De même, 2 426 femmes sont décédées de cette maladie en 2008. Des chiffres qui, selon le classement de l’OMS, placent la Belgique en tête des pays européens, avant la France métropolitaine et les Pays-Bas, mais aussi à l’échelle mondiale.

Alors que notre petit pays peut se targuer d’être l’un des plus en pointe en matière de santé, pourquoi affiche-t-il donc de tels résultats ? A la Fondation registre du cancer, on ne s’étonne pas vraiment : "Ce n’est pas complètement nouveau. Lors de notre publication des chiffres de 2004 et 2005, nous avions déjà constaté que le taux de cancers du sein était assez élevé". De fait, 9 445 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués en 2004, 9 431 en 2005 et 9 489 en 2006. "Lorsque la Fondation registre du cancer a publié ses résultats, on avait déjà tiré la sonnette d’alarme", rappelle pour sa part Anne-Pascale Schillings, radiologue à la Clinique du sein de la clinique St-Pierre à Ottignies. Quant à Jean-Marie Nogaret, chef de la Clinique de chirurgie mammo-pelvienne à l’Institut Bordet, il se dit "très perplexe" par rapport à la position de la Belgique comme leader mondial : "Il n’y a aucune raison que la Belgique dépasse les autres pays européens où le mode de vie est très similaire, voire les USA où le mode de vie est très différent et où il y a beaucoup plus d’obésité et de consommation d’hormones". Et de s’interroger sur une éventuelle "surévaluation" des données fournies à l’OMS.

Bien qu’il ne soit pas encore possible d’identifier scientifiquement les causes du cancer du sein, plusieurs explications sont avancées "même si aucune n’est validée", précise Anne-Pascale Schillings. Tout d’abord, "la Belgique jouit d’un système performant de dépistage du cancer du sein". En 2001, le gouvernement fédéral a lancé un programme de dépistage du cancer du sein visant les femmes âgées de 50 à 69 ans : tous les deux ans, elles sont invitées à effectuer un "mammotest" ou radiographie gratuite des seins. Par ailleurs, "il y a encore en Belgique une culture de dépistage individuel où l’on fait des dépistages plus approfondis (radio, échographie, examen clinique, etc.) et où l’on découvre par conséquent davantage de cancers", souligne Mme Schillings. Et ce contrairement à de nombreux autres pays qui dépistent le cancer du sein uniquement par le mammotest et, partant, "ratent une partie des cancers qui restent invisibles à la mammographie".

Autre explication, "la Belgique est un pays où l’on a beaucoup prescrit de traitements hormonaux de la ménopause", poursuit la radiologue. Or, il a été constaté que ces traitements augmentent le risque de cancer du sein. Le Pr Nogaret ajoute : "Une petite partie des cancers du sein sont aussi liés à l’hérédité. Jouent également le fait que les filles sont réglées de plus en plus tôt, que les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard et qu’elles allaitent moins".

Les projections dans l’avenir ne semblent guère optimistes puisque, selon l’OMS, 2 492 femmes belges succomberont d’un cancer du sein en 2010, 2 643 en 2015 et 2 778 en 2020. Néanmoins, "il y a quand même eu une petite inflexion depuis 2005 partout dans le monde, à la suite de la publication des premières études qui ont montré les effets néfastes des hormones sur le risque de cancer du sein", indique Mme Schillings.

Toutefois, si l’on constate une légère diminution des cancers du sein en post-ménopause, les cancers du sein en pré-ménopause continuent, eux, d’augmenter. "Un tiers des cancers du sein touchent des femmes de moins de 50 ans. Les femmes affectées sont donc de plus en plus jeunes. Ces derniers temps, on a diagnostiqué quatre cancers du sein chez des très jeunes femmes de 20 ans. Je pense que c’est essentiellement dû à des facteurs environnementaux, qui sont en train de faire flamber le taux de cancers", alerte Anne-Pascale Schillings. "Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ont été mis en circulation plus de 100 000 produits chimiques qui n’ont pas été ou ont été mal testés sur la santé humaine. Sans compter l’industrie alimentaire, les pesticides ou encore les graisses hydrogénées", dénonce-t-elle. En effet, la plupart des cancers du sein sont hormono-dépendants : "Le risque de cancer du sein s’accroît selon l’augmentation du taux d’hormones féminines dans le sang. Or, de nombreux produits polluants ou présents dans l’alimentation sont des transformateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils augmentent le taux d’hormones féminines dans le sang et, partant, le taux de cancers du sein chez la femme mais aussi de cancers de la prostate (également hormono-dépendants) chez l’homme", explique Mme Schillings. Une question de santé publique qui, selon elle, requiert avant tout des "décisions politiques" qui concernent la population belge "davantage que le communautaire "