On a oublié d'inviter la N-VA. Dimanche, alors que le CD & V se payait une tranche de divertissement au parc d'attractions Plopsaland de La Panne, la N-VA, elle, n'a pas vu venir le moindre carton d'invitation pour la petite fête. L'intention n'était pas d'écarter Bart DeWever et ses troupes, traditionnellement conviés à ces sorties familiales, mais l'état-major du CD & V - quatre présidents en un an, excusez du peu ! - a perdu la tête.

Au vrai, cet "oubli" témoigne de l'état de déliquescence dans lequel se trouve, aujourd'hui, le parti du Premier ministre, toujours sans Secrétaire général. "La désorganisation est totale", souffle un responsable. Une constante : la nouvelle présidente Marianne Thyssen joue dans le registre classique des ukases et ultimatums : "Nous pourrions rompre la solidarité avec les francophones si ceux-ci s'opposent à une réforme de l'Etat", a sifflé Thyssen depuis Plopsaland. La sortie de la présidente n'était pas concertée avec les responsables du cartel : jeudi soir, lors d'une réunion des hauts gradés, Thyssen n'a pas pipé mot de ses intentions.

Marianne Thyssen se muscle, donc, et ce n'est pas pour déplaire au ministre-Président flamand, Kris Peeters. Ces deux-là se connaissent et s'apprécient, ont travaillé ensemble du temps où Peeters était à à l'Unizo (les classes moyennes flamandes); bref, ils partagent un point de vue identique : pas question que le cartel soit laminé aux prochaines élections de 2009 pour les beaux yeux d'Yves Leterme. "Le cartel n'est plus prêt à payer le prix fort pour un poste de Premier ministre, lâche platement, sous couvert d'anonymat, un responsable du CD & V/N-VA. Les libéraux flamands ont payé le prix pour maintenir Guy Verhofstadt au "16" : ils ont été démolis au dernier scrutin. Cela ne nous arrivera pas."

"Réseaux d'ennemis"

Donc, Yves Leterme est seul. Contre tous. Il entend se maintenir au "16" coûte que coûte. Mais, résume cruellement un observateur, "Leterme n'a pas de réseaux d'amis au CD & V. Il n'a que des réseaux d'ennemis". Leterme n'a plus - les a-t-il jamais eus ? - les réseaux pour forcer un virage du cartel et l'obliger à avaler une réforme de l'Etat en mode mineur.

Et ce n'est certainement pas à la N-VA que cela déplaît. Bart De Wever, son président, constate avec satisfaction que le poste de Premier n'a pas rassasié la garde flamande du CD & V. D'ailleurs, ironise-t-on à la N-VA, "que nous reste-t-il si le CD & V aligne les ultimatums à notre place ? La lutte armée ?"

Ainsi, au CD & V, Jo Vandeurzen, ministre des Réformes institutionnelles, ne croit plus guère au succès de la négociation à venir. La note d'orientation qu'il a laborieusement bâtie (trois pages) durant deux semaines s'est fait descendre en flèche avant le début de la réunion où elle devait être présentée. Bon an mal an, le Limbourgeois continue de plancher sur une hypothétique grande réforme de l'Etat. Herman Van Rompuy, dont les relations avec le Premier ministre sont mauvaises a, lui, répondu par la négative lorsque Leterme lui a demandé d'épauler Vandeurzen. Le Président de la Chambre se contente de sonder la volonté de négociation autour de Bruxelles-Hal-Vilvorde... Mais "je ne vois pas comment nous allons y arriver", a-t-il confié il y a quelques jours à un collègue de cartel.

Pieter De Crem vit sur un nuage depuis son intronisation comme ministre de la Défense et n'intervient guère dans les dossiers institutionnels. Seule Inge Vervotte conserve une loyauté à toute épreuve envers le Premier ministre. Mais que pèsera la frêle Vervotte quand les poids lourds du cartel voudront se débarrasser d'Yves Leterme ?