Le barreau de Bruxelles a fait sa "rentrée" vendredi passé. Et c'est depuis cette occasion que l'on sait que Luc Hennart, le président du tribunal de première instance de Bruxelles, a décidé d'interdire à Anne Gruwez, juge d'instruction et protagoniste principale du film "Ni juge, ni soumise", de parler du film, qui est sélectionné pour les Magritte du cinéma dans la catégorie "Documentaires". Cette injonction, Luc Hennart l'a donnée dès avril 2018, soit deux mois après la sortie du métrage en France et en Belgique.

Cette décision a fait réagir la présidente de l'Association syndicale des magistrats (ASM) ainsi que Jean Libon, l'un des deux réalisateurs du film. Quant à Anne Gruwez, elle a décliné notre invitation à répondre, étant donné que son chef de corps lui a interdit.

Voici les réactions:

- Jean Libon, coréalisateur de “Ni juge, ni soumise”. Il ne comprend pas l’attitude du président Hennart. “Il fait partie des personnes qui ont donné leur autorisation au tournage. Nous l’avons invité à Paris début 2018 afin qu’il assiste à l’avant-première mais il n’est pas venu. Et c’est alors que le film a déjà une longue et belle carrière derrière lui qu’il prend cette position, sans avoir vu la moindre image de notre oeuvre commune jusqu’à vendredi passé. C’est très étrange, en fait c’est très belge...”

- Manuella Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats (ASM). “Le comportement de M. Hennart est abusif, absurde et dangereux car il met en cause la liberté d’expression. Dieu sait si j’ai pu émettre des réserves sur ce film et son côté parfois racoleur. Mais j’ai été ébranlée par les témoignages d’un nombreux public qui dit avoir vu une œuvre pédagogique, montrant la façon humaine et réaliste dont se rend la justice au quotidien. Je suis en tout cas bien placée pour ne pas être suspectée de camaraderie excessive quand je dis soutenir, et l’ASM avec moi, à 100% Anne Gruwez. Je ne comprends pas l’attitude d’un chef de corps qui n’hésite pas à se répandre à la télévision et à faire connaître ses préférences politiques, en l’occurrence sa proximité avec le Parti socialiste. Tout cela à l’heure où la Turquie envoie pour dix ans derrière les barreaux un magistrat qu’elle tient pour un terroriste alors qu’il n’a fait que dénoncer le gouvernement turc et la régression démocratique que connaît son pays.”