Et c'est reparti. Lundi, la fédération des hôpitaux chrétiens flamands et l'aile flamande de la fédération des hôpitaux publics belges ont plaidé pour une scission de l'assurance-maladie.

Leur message a aussitôt été relayé par la ministre flamande de la Santé Inge Vervotte (CD&V) et par les ténors du VLD qui la revendiquent depuis longtemps.

Le moment pour faire cette sortie n'a pas été choisi au hasard. Il y a tout un contexte. Premièrement, l'assurance-maladie est à nouveau confrontée à de sérieuses difficultés budgétaires. Les dernières estimations font état d'un dérapage de 634 millions pour 2004 et de 238 millions pour 2005. C'est beaucoup. Le ministre des Affaires sociales Rudy Demotte (PS) défendra aujourd'hui devant ses collègues un train d'économies visant à corriger le tir (LLB du 23/11). On ne connaît pas encore toutes les lignes de ce plan. Mais on sait que chaque secteur sera touché. Cela crée forcément des crispations.

Par ailleurs, l'heure est à la surenchère communautaire. En instituant le Forum institutionnel, le Premier ministre a rouvert les vannes. Poussés par le succès grandissant du Vlaams Blok (Belang), les partis démocratiques flamands ont ressorti toutes leurs revendications.

Et puis, il y a une étude détonante des mutuelles sur les prescriptions d'examens préopératoires dans les hôpitaux. Cette étude montre que pour des patients qui ne souffrent pas d'une maladie chronique et pour 13 opérations parmi les plus courantes, on fait au préalable presque systématiquement une radiographie ou un électrocardiogramme alors que, d'après les études scientifiques internationales, c'est rarement nécessaire. Elle révèle en outre -et c'est bien ce qui est gênant- qu'en la matière, les hôpitaux wallons et bruxellois se classent presque tous au-dessus de la moyenne.

A l'hôpital Ambroise Paré de Mons, deuxième du classement, on se dit prêt à revoir les pratiques si les abus sont objectivement prouvés. Mais on nuance. «Les hôpitaux qui sont considérés comme surconsommateurs sont aussi ceux qui se situent dans des régions moins favorisées. Ce n'est pas un hasard.» Le son de cloche est autre au Centre hospitalier de l'Ardenne à Sainte-Ode, l'établissement le plus vertueux de Wallonie. «Chez nous, on ne systématise pas les examens, expose le docteur Patrick Rutten. C'est dans notre culture d'entreprise. Mais dans beaucoup d'institutions francophones, il y a ou il y avait des encouragements à la consommation médicale.»

Surconsommation flamande

Peut-on pour autant conclure que les francophones sont d'irréductibles surconsommateurs? Non. Tout dépend des secteurs. Pour les soins psychiatriques, par exemple, c'est en Flandre que la consommation est la plus forte. D'après les chiffres de l'Inami, les hôpitaux psychiatriques flamands dépensent 65pc du budget total -pour 6pc à Bruxelles et 28,9pc en Wallonie- alors qu'elle ne compte que 57pc de la population belge. Comme quoi...

© La Libre Belgique 2004