Belgique

Le dossier ne sera pas refermé comme le demandait le parquet fédéral : la justice belge restera bien saisie du dossier Belliraj. Ainsi en a décidé mercredi la chambre des mises en accusation de Bruxelles. Ce sera vraisemblablement pour des compléments d’enquête.

Il n’était toutefois pas possible mercredi de connaître avec exactitude quelles suites seront données au dossier. L’arrêt n’était pas encore consultable par les parties. Pas question dès lors d’en connaître les détails avant ce jeudi matin.

Le dossier Abdelkader Belliraj, Belgo-Marocain incarcéré au Maroc depuis 2008, est un dossier aux zones d’ombres multiples. L’homme a été condamné au Maroc à perpétuité pour terrorisme et six assassinats en Belgique. Des faits qu’il a reconnus avant de se rétracter - les aveux avaient été obtenus sous la torture, dit sa famille et sa défense.

Quatre des assassinats sont politiques. Le 29 mars 1989, le recteur saoudien de la grande mosquée de Bruxelles et son secrétaire sont abattus. Deux mois plus tard, c’est au tour d’un employé de l’ambassade d’Arabie saoudite, qui aurait été confondu avec un diplomate. Le 3 octobre 1989, c’est le Dr Joseph Wybran, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), qui est tué sur le parking de l’hôpital Erasme à Anderlecht. Aucun lien n’est alors établi entre ces affaires, pas plus qu’avec les assassinats en 1988 d’un herboriste de Saint-Gilles, dont on disait qu’il était juif et un homosexuel tué à Braine-le-Château, présumé juif, qui aurait acheté les faveurs sexuelles de Marocains.

L’ombre de la Sûreté de l’Etat

Me Michèle Hirsch, qui représente les intérêts de la veuve du Dr Wybran et du CCOJB, ne demandait pas que l’on rejuge Abdelkader Belliraj, condamné au Maroc. Mais elle voulait que l’on reconnaisse que l’assassin a été trouvé. Elle se demande aussi si le parquet ne veut pas mettre un terme au dossier pour une raison d’Etat - Belliraj aurait été informateur pour la Sûreté.

Me Vincent Lurquin, avocat d’Abdelkader Belliraj, n’a pu consulter l’arrêt de la chambre des mises : "Le fait que le dossier ne soit pas fermé ne prouve pas qu’il y a quelque chose à l’encontre de M. Belliraj. Cela peut permettre de rechercher d’autres pistes. Pour nous, continuer l’enquête est quelque chose de positif." Et de rappeler que Belliraj ne reconnaît pas être l’auteur des six assassinats. "Si l’on trouve la personne qui a assassiné les six personnes, cela nous permettra d’avoir une discussion avec les autorités marocaines en vue d’une libération de M. Belliraj."