Il a fallu la catastrophe de l'Innovation pour que soient enfin prises, en Belgique, de vraies mesures en matière de prévention d'incendie. La tragédie constitua même, de l'avis des experts, un véritable point de départ.

"Dans la foulée du drame, relève le commandant Gilbert, président de la Fédération royale des corps de sapeurs-pompiers de Belgique, des normes de prévention de plus en plus drastiques ont été adoptées. Aux normes de base, s'en ajoutent d'autres selon que les bâtiments soient bas, moyens ou élevés. La prévention passe, notamment, par le compartimentage des bâtiments et l'installation de murs et de portes résistant au feu, l'idée maîtresse étant qu'en cas d'incendie, le sinistre ne puisse s'étendre rapidement."

Par ailleurs, le règlement général sur la protection du travail contient un article précisant les obligations de l'employeur. Il impose notamment que dans tout bâtiment d'une surface de plus de 2 000 m2 soit installé un système d'arrosage automatique installé au plafond (sprinklage). Ce système de détection, qui aurait pu être rendu obligatoire un an avant l'incendie de l'Inno si les autorités politiques avaient été moins négligentes, aurait sans doute sauvé le grand magasin.

De la même façon, dans nombre d'établissements accueillant du public, des équipes de première intervention ont été formées à intervenir avant l'arrivée des pompiers.

Au niveau du matériel, des progrès ont également été réalisés, notamment s'agissant de l'adoption des hautes pressions d'eau. Le principal attrait de cette technique est la pulvérisation de l'eau dans la fournaise de l'incendie, qui permet une absorption plus efficace de chaleur. L'achat groupé du matériel par soumission du ministère de l'Intérieur a également permis de rationaliser les achats. L'équipement des pompiers s'est indéniablement amélioré.

En 1969, une nouvelle organisation a été mise en place qui hiérarchisait les services d'incendie en quatre classes différentes. Mais tout n'est pas rose, loin s'en faut. "Si le fédéral définit les normes de base, la matière est principalement de la compétence des Régions, explique le commandant Gilbert. A titre d'exemple, quelqu'un qui voudrait construire un home pour personnes âgées ne sera pas soumis aux mêmes obligations en Flandre qu'à Bruxelles ou en Wallonie. Ajoutez à cela que les communes ont également leur mot à dire et peuvent prendre des règlements particuliers et vous comprendrez que la complexité des situations ne rend pas le travail des pompiers facile."

Ceux-ci ont évidemment un rôle important à jouer par le biais notamment des rapports de prévention que les communes (mais tous les bourgmestres ne prennent pas cette précaution et les pompiers ne peuvent agir d'initiative) leur demandent de réaliser avant d'ériger certains bâtiments, comme les homes, les cinémas, les écoles ou les grands magasins. "Nous manquons de personnel pour accomplir ces tâches à mener, bien souvent, dans des délais très courts , commente le commandant. Certaines communes concluent que si nous ne rendons pas d'avis dans les 30 jours, c'est que cet avis est réputé favorable. Ce qui n'est évidemment pas nécessairement le cas. La plupart attendent nos rapports mais, je vous l'ai dit, le manque d'officiers de prévention entraîne d'importants retards. Cela vaut aussi pour les contrôles effectués a posteriori."

Autre difficulté : l'éparpillement des corps de pompiers. "Il arrive que le préventionniste d'un corps rende un avis moins contraignant que celui du corps voisin distant de quelques kilomètres à peine. Les architectes s'en arrachent parfois les cheveux poursuit M. Gilbert, qui cite un exemple : Le hall des sports de Ciney devait répondre à des exigences de sécurité moins sévères que celui de Marche tout proche. Le dossier a d'ailleurs été soumis à la Justice."

Nouvelle loi

Le commandant Gilbert se veut toutefois optimiste. Il attend beaucoup de la mise en oeuvre de la loi sur les services de sécurité civile qui vient d'être votée après des années d'attente qui ont vu se produire l'incendie de l'Innovation mais aussi la catastrophe de Ghislenghien et d'autres drames spectaculaires. "La nouvelle loi, en organisant les services d'incendie par zones, en rationalisant les processus d'organisation et de décision, en permettant au service d'incendie le plus rapide et le mieux équipé d'intervenir en première ligne, en supprimant les doubles emplois, devrait résoudre nombre de problèmes."