"C’est un échec total" , scande Patrick Descy, de la CGSP. Lancé en 2010 par l’ex-ministre de la Défense, Pieter De Crem (CD&V), l’engagement volontaire militaire (EVMI) n’a jamais séduit. Il s’agit d’une filière de recrutement particulière à l’armée censée attirer les jeunes en décrochage, pendant une courte période - deux à quatre ans.

Selon les chiffres de la CGSP, les trois quarts des recrues entrées à l’armée via l’EVMI ne sont jamais allés au bout de leur engagement. Entre 2010 et 2013, 73,18 % des 261 personnes incorporées ont quitté la filière précocement, avant la fin de leur formation (c’est ce qu’on appelle l’attrition).

L’actuel ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), avait donné un complément d’informations le 10 mars à la Chambre. En cinq ans, de 2010 à 2014, il y a eu 348 incorporations. Très peu par rapport aux 840 places ouvertes durant la période. Selon lui, 201 recrues "sont parties avant la fin de leur période d’engagement" . Soit un taux d’attrition de 57,76 %. Beaucoup. Mais loin des 73 % de la CGSP.

"Nos chiffres sont fiables, se défend Patrick Descy . Ils viennent du système Harmony de gestion du personnel de la Défense."

A la Défense, on nuance. Certains militaires repris dans les calculs d’attrition "ont changé de statut en cours d’engagement" , tout en restant à l’armée - 116, selon M. Vandeput. Mais cette bataille de chiffres ne change rien au constat de départ : celui de l’échec de la filière EVMI.

"C’était prévisible , reprend M. Descy. Dans l’EVMI, on apprend juste aux jeunes à tenir un fusil. Ils ne reçoivent aucune formation complémentaire (mécanicien, par exemple). Ça signifie qu’au moment de quitter l’armée, ils n’auront rien à faire valoir auprès d’un futur employeur…"

La Défense a un problème de pyramide des âges. Il y a trop militaires en fin de carrière par rapport aux jeunes. Le service militaire volontaire avait été mis en place en 2010, en plus des filières traditionnelles de recrutement, justement pour attirer les jeunes, en leur proposant une carrière courte.

Cible : les moins de 25 ans

L’EVMI s’adresse prioritairement aux moins de 25 ans, sans diplôme. Selon le barème de 2010, une solde de 6,98 euros par jour leur était versée pendant les six premiers mois, avec le maintien des droits sociaux (allocations diverses). Ensuite, après ces six mois, ils percevaient le même traitement que les autres militaires. Rapidement, il était apparu que le système ne marchait pas. En 2014, le montant de la solde fut augmenté et la période de "stage" ramenée de six à deux mois. Mais sans plus de succès…

"Les principaux motifs de départ étaient la perspective d’une carrière moins favorable, par comparaison avec d’autres statuts, le manque d’information préalable et le revenu" , avait expliqué le ministre.

L’EVMI a aujourd’hui été remisé au frigo. "Vu les recrutements limités à la suite des restrictions budgétaires, aucun engagement sous le statut EVMI n’est prévu pour 2015 ", avait dit M. Vandeput. Mardi, son cabinet complétait : "Nous sommes partisans du statut BDL (statut à durée limitée - NdlR ) et nous voulons lui donner toutes ses chances pour ensuite l’évaluer." L’objectif du statut BDL est la même que l’EVMI : attirer les jeunes à l’armée pour une courte durée (huit ans maximum). Mais cette fois-ci, il est prévu une sorte de cellule de reconversion à l’issue de l’engagement. Actuellement, les deux systèmes coexistent. Mais pour combien de temps ?