Deux mois après leur visite aux USA (sur invitation du groupe Herstal), les autorités liégeoises (le bourgmestre Willy Demeyer et le patron de la police locale, Christian Beaupère) ont déjà préparé la lettre de demande d'utilisation du fusil FN 303 pour le ministre de l'Intérieur Patrick Dewael (VLD). «La lettre attend la signature du chef de corps pour être envoyée au ministre Dewael», dit-on à l'Hôtel de police de Liège où on précise que le Peloton antibanditisme (PAB) utilise déjà 6 mitraillettes P 90 de la FN-Herstal. L'objectif est d'obtenir l'aval du vice-Premier ministre pour acquérir neuf exemplaires de ce fusil développé par FN Herstal et qui est considéré comme une avancée sur le marché de la défense et de la sécurité.

Classé dans la catégorie des fusils «less lethal», le FN 303 affiche des performances bien particulières. Il est utilisé principalement lors des manifestations et fonctionne à l'air comprimé. Il ne tue pas, mais assomme le manifestant violent ou fauteur de trouble grâce au bismuth introduit dans la charge. «Il rend groggy la personne durant le temps nécessaire pour lui passer les menottes», explique Robert Sauvage, porte-parole du groupe Herstal.

Less lethal, mais dangereux

Le bismuth peut être doublé de poivre actif, de colorant indélébile ou de produit malodorant permettant de marquer le manifestant et le rendre plus facilement identifiable par les forces de l'ordre.

Mais le hic, c'est que l'arme qui fait la fierté de la FN Herstal a déjà fait des victimes collatérales. L'an dernier en mars, lors d'une manifestation à Genève, une syndicaliste à été grièvement blessée à la tempe par les projectiles du FN 303 provoquant d'importantes lésions. Aujourd'hui, elle risque une paralysie faciale. Depuis, le tireur, le chef de la police et sa responsable en communication auraient même été suspendus. Micheline Spoerri, la conseillère d'Etat chargée du département de justice, police et sécurité avait ordonné le retrait immédiat du FN 303.

A Boston, une jeune étudiante de 21 ans est morte en octobre après avoir été touchée au visage lors d'une manifestation par des projectiles du FN 303 tirés par un policier. En attendant la clôture de l'enquête, la police de Boston a renoncé à l'utilisation du FN 303. Une pétition circule actuellement pour demander le retrait des armes «less lethal».

Du côté du groupe Herstal, on relativise la portée des événements. «Le FN 303 est un fusil à létalité réduite, mais cela ne veut pas dire qu'il n'est pas dangereux s'il est mal utilisé. Il est le meilleur sur le marché, car il est beaucoup plus précis que les autres armes less lethal», indique Robert Sauvage. Il rappelle qu'un accident est toujours possible quand les personnes appelées à utiliser le lanceur à air comprimé ne respectent pas les consignes du manuel d'instructions ou qu'elles ne sont pas bien formées. «Il est notamment dit qu'il faut viser le buste et ne pas tirer à moins de 5 mètres. Il y a eu des milliers d'utilisations dans le monde et seules deux ont posé problème. A Genève, l'agent n'était pas formé», martèle-t-il.

© La Libre Belgique 2004