L’avenue du Port, à Bruxelles. Une large étendue de pavés centenaires, bordés par deux belles rangées de platanes, en bordure du canal. Longeant le site très couru de Tour&Taxis, cette artère fait actuellement trembler le gouvernement bruxellois qui s’est mis en tête, à la fin de la législature régionale précédente d’y opérer une importante rénovation. Pour ce faire, un permis a été délivré en 2008. Ce n’est pourtant qu’en 2011 que le gouvernement a décidé de mettre ce projet en œuvre. On ne sait pas encore si mal lui en a pris, mais ce chantier avait à peine démarré (en août) qu’il a provoqué un tohu-bohu inimaginable. Il est aujourd’hui gelé, mais Brigitte Grouwels (CD&V), ministre des Travaux publics, maintient le cap (son permis de 2008) contre une série d’associations environnementales et une poignée d’habitants réclamant le maintien des arbres et des pavés historiques de l’avenue. Puis bientôt contre une partie de son propre gouvernement. La cacophonie est toujours patente, le PS, Ecolo et le CDH réclamant le réexamen du projet. Un projet pour lequel ils avaient pourtant marqué leur accord à plusieurs reprises.

Plus encore, le gouvernement (2004-2009) de Charles Picqué a même intimé son administration de délivrer ce permis qui pourtant ne devait pas l’être. Tel est l’avis de Didier Gosuin, chef de groupe MR au Parlement bruxellois. Pour lui, il ne fait plus l’ombre d’un doute que ce projet ne se fera pas. Pour la simple et bonne raison que le permis tant chahuté est illégal. Document à l’appui, il se base sur un accord du gouvernement bruxellois datant du 11 septembre 2008 et chargeant la secrétaire d’Etat en charge de l’urbanisme de l’époque (Françoise Dupuis, PS) "de délivrer dans les meilleurs délais le permis". C’était un mois avant que l’administration régionale ne le délivre effectivement Didier Gosuin y voit la preuve irréfutable d’une immixtion politique dans une procédure administrative. Pour la petite histoire, il rappelle que l’administration régionale avait rejeté le projet à l’issue de la procédure de concertation ou chaque partie concernée (commune de Bruxelles, administrations régionales du développement, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et des monuments et sites, notamment) émet un avis. C’est pourtant cette même administration qui délivrait le permis, sous la contrainte du politique, tonne le MR. Didier Gosuin rappelle qu’elle est censée travailler dans l’autonomie et l’indépendance totales. Si ses décisions sont remises en cause, il existe une possibilité de recours auprès du gouvernement. "Où va-t-on si l’administration travaille aux ordres du gouvernement qui est aussi l’instance de recours", s’époumone Didier Gosuin. Il ajoute que ce dossier a été mené non démocratiquement et en contradiction totale avec la législation régionale d’urbanisme qui se voit ici "bafouée". Une procédure viciée qui rend le permis à nouveau attaquable alors que, soupçonneuse d’autres vices de procédure, la justice a déjà fait arrêter le chantier. Pour le MR, c’est cet état de fait qui explique le retournement de veste de certains partenaires du gouvernement qui cherchent aujourd’hui a modifier le projet, voire à l’abandonner.

Il reste que l’entrepreneur a déjà été désigné et que Brigitte Grouwels elle-même a estimé à quelque 5 millions d’euros les compensations financières à lui verser en cas d’abandon. Cinq millions qui seraient perdus par les contribuables avant tout.