Coup de tonnerre dans le ciel judiciaire bruxellois.

La commission de nomination réunie du Conseil supérieur de la Justice n’a pas renouvelé, mercredi, les mandats des présidents des tribunaux de première instance francophone et néerlandophone de Bruxelles, Luc Hennart et Alfred Van Winsen.

C’est un coup de tonnerre dans le ciel judiciaire de la capitale. Plus des deux tiers des membres de chaque groupe linguistique de la commission se sont prononcés contre le renouvellement des mandats.

Plusieurs casseroles

Depuis quelques semaines, la position de M. Hennart était devenue inconfortable. Le président, qui se revendique publiquement de sa proximité avec le PS, ce qui a pu indisposer certains membres de la commission, s’est mis à dos au mois de décembre plusieurs juges de la jeunesse.

A l’occasion d’une réunion qui portait sur l’organisation du greffe du tribunal de la jeunesse, il se serait emporté, traitant plusieurs magistrats d’une façon à ce point excessive qu’une lettre de protestaion lui a été adressée par ceux-ci.

Puis est survenu le feuilleton “Anne Gruwez”, du nom de la juge d’instruction bruxelloise qui occupe le rôle central du film “Ni juge, ni soumise”. Ce documentaire a reçu un Magritte à l’occasion d’une cérémonie à laquelle le président Hennart avait interdit à Mme Gruwez de participer. Elle a bravé l’interdit mais ce qui at retenu l’attention, c’est la levée de boucliers qui s’est produite au sein de la magistrature contre M. Hennart.

C’est ainsi que 14 juges d’instruction bruxellois lui avaient écrit pour se plaindre d’avoir, notamment, traité Mme Gruwez de “singe assise sur un orgue de barbarie.”

Il y a quelques heures enfin, on apprenait que des interprètes attaquaient M. Hennart en justice parce qu’il avait refusé de leur payer certaines prestations executées en soirée et pendant le week-end.

Bref, au sein du tribunal, M. Hennart s’était fait des ennemis mais il comptait aussi des partisans qui lui reconnaissaient du courage dans la façon dont il défendait sa juridiction contre le traitement que l’exécutif réservait à la justice.

Un certain panache

A plusieurs reprises, dans la presse et sur les plateaux de télé, M. Hennart, non sans panache, avait dit tout le mal qu’il pensait de la politique suivie par le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V).

Luc Hennart devrait redevenir conseiller à la cour d’appel à la fin de son mandat, qui expire au printemps. Les places de présidents des deux tribunaux bruxellois vont être déclarées ouvertes et les candidadutres pourront être déposées dans la foulée. La procédure de nomination des futurs chefs de corps devrait durer six mois environ, nous a confié Magali Clavie, membre du CSJ. D’ici là, ce sont des vice-présidents des deux tribunaux qui assureront l’interim.