Selon les derniers chiffres publiés par la Commission interréseaux des inscriptions (Ciri) sur la situation des inscriptions en 1re année secondaire, 307 enfants figuraient toujours uniquement sur une liste d’attente (LA) à la veille du 1er septembre. "La situation est un peu plus dramatique que l’année dernière, où, à la même période, nous comptabilisions 227 enfants sur une liste d’attente", commente-t-on à la Ciri.

L’ASBL Eleves, qui regroupe des parents concernés et consternés par la situation, a comparé les chiffres avec les années précédentes et le constat est sans appel : « le nombre d’enfants sans école s’est envolé de 73% en seulement 3 ans. Ce chiffre se base sur les formulaires d'inscriptions recueillis avant le travail de la Ciri. Ce sont autant d'enfants et de parents qui sont soumis au stress pendant plusieurs mois. Des places se libèrent par la suite, mais pas suffisamment.»

"Lundi, il n'y aura pas d'enfants sans école, zéro!"

Le discours est tout autre du côté du cabinet de la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet (cdH) : « On ne peut pas parler « d’enfants sans école », car il reste 1.500 places disponibles rien qu’en Région bruxelloise. Le 3 septembre, jour de rentrée des classes, le nombre de ces enfants sur listes d’attente sera de « zéro ». Ne soyons donc pas alarmistes, l’offre scolaire est suffisante, mais il y aura des besoins de nouvelles classes. » Rien que pour la Région bruxelloise, McKinsey et BECI (entreprises bruxelloises de commerce et d’industrie) évoquent un besoin de 79 écoles primaires, secondaires et maternelles supplémentaires d’ici 2015.

La réponse du cabinet ministériel passe très mal auprès des parents « hallucinés par tant de mauvaise foi et de mensonges ». Concrètement, la situation est très problématique dans les écoles de l’enseignement libre général. Dans ce créneau, il ne reste pas plus de 4 écoles avec quelques places disponibles : IND Cureghem, Enfant-Jésus d’Ixelles, Saint Jean-Baptiste de La Salle à Saint-Gilles et l’Institut des Filles de Marie également à Saint-Gilles. Dans le Nord de la capitale, l’offre dans le libre général est donc totalement saturée. Les parents reconnaissent du bout des lèvres un seul avantage au décret inscription : « cela a permis de faire une photographie de la situation ».

Situation pire avant le décret ?

Autre argument avancé par le cabinet Simonet : «La situation des inscriptions était bien pire avant le décret. Le fait d’avoir centralisé les données auprès de la Ciri a permis de limiter les inscriptions multiples et donc de dégager plus rapidement des places. Le décret n’a pas créé un problème, il n’en est que le thermomètre ! Il a permis de mettre des visages sur ces enfants sans école… mais ils sont clairement moins nombreux qu’avant. »

Pour les directeurs d’écoles de tous réseaux confondus que LaLibre.be a contactés, « ce constat est totalement faux » ! La directrice d’une école catholique hausse d’ailleurs le ton : « La situation est – au contraire – bien pire. On a toujours la pression des parents, même plus que par le passé. Avant, au moins on rencontrait les enfants et leurs parents pour évoquer notre pédagogie, notre philosophie. Actuellement, on fait des rencontres purement administratives… on parle des critères et des indices du décret. »

Notons également que les directeurs d’écoles proposant des classes avec et sans immersions linguistiques disent être déstabilisés par le décret. Concrètement, la Ciri libère les élèves des listes d’attente… à destination - principalement - des classes « non-immersion » (la demande y est plus grande). Par conséquent : l’organisation pédagogique de l’école est contrainte de s’adapter en surchargeant les classes « non-immersion », tout en limitant drastiquement le nombre d’élèves dans les classes « immersion ».

Ecoles primaires impactées par décret

L’avis des directeurs d’écoles primaires est souvent aussi très sévère, comme ce directeur d’école fondamentale : « Nous voyons certains parents affolés et stressés. C’est une situation qui est pénible pour nous, car elle handicape les derniers moins de l’année scolaire pour les enfants de sixième. Certains parents retirent leurs enfants de nos écoles afin d’adapter leurs situations scolaires aux critères du décret. »

Côté politique, au sein même du cdH, deux élus locaux de Wezembeek-Oppem ont claqué la porte du parti pour dénoncer le discours de la ministre Simonet et les conséquences « dramatiques » du décret inscription. Dans l’opposition, sans surprise, Françoise Bertiaux (MR) tape sur le clou : « Les enfants sans école, c'est une création pure de l'idéologie. »

Dès ce 1er septembre, un numéro vert (Tel : 0800.188.55) permettra aux parents de savoir si leur enfant a encore un avenir dans l’enseignement francophone. Précisons que dès cette date, les listes d’attente seront totalement effacées afin de pousser les enfants dans les écoles où ils sont en ordre utile… même si l’établissement en question est leur 5ème ou 10ème choix de préférence. Ceux qui n’auront pas d’école du tout seront contraints, soit de se rabattre sur une école où il reste des places, mais qui ne correspond aucunement à leurs attentes pédagogiques ou orientations philosophiques, soit d’envisager autre chose : enseignement flamand ou privé, école lointaine, internats, cours par correspondance,… Autant de possibilités que certains n’arrivent pas à envisager, ni accepter.

Cet article fait partie d’un reportage en 3 parties :

1. La situation actuelle du décret inscription : Le nombre d’enfants sans école s’est envolé de 73% en seulement 3 ans

2. Rencontres avec directeurs d’écoles de tout réseaux : Un préfet bruxellois : « Nos écoles sont devenues des garderies, rien de plus ! »

3. Témoignages de parents et enfants « sans école » : entre tristesse et colère