Le papa d'Elisabeth Brichet, une des victimes de Michel Fourniret, est décédé, a indiqué vendredi le service Population de La Panne, confirmant une information rapportée par plusieurs médias. Francis Brichet vivait depuis quelques années à la Côte belge avec sa compagne.

Peintre-graveur, Francis Brichet était diplômé du cours supérieur de gravure et du cours supérieur en peinture décorative et monumentale de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles dans laquelle il exercera, de 1978 jusqu'en 2003, comme professeur et chef d'atelier du cours supérieur de gravure. Il s'était également vu décerner de nombreux prix pour son travail.

Sa fille, Elisabeth, avait été enlevée à Saint-Servais le 20 décembre 1989 à l'âge de 12 ans. Son corps ne sera retrouvé qu'en 2004.

Voici une interview de Francis Brichet réalisée par La Libre Belgique à la veille de l’ouverture du procès Fourniret le 27 mars 2008 :

Le papa d’Elisabeth Brichet, Francis Brichet, se rendra (en train) à Charleville-Mézières sans grandes illusions. Depuis La Panne, où il vit (“où je survis”, dit-il d’une voix résignée) il nous a confié qu’il attendait du procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier : “un verdict”.

Ce qui veut dire ?

Une peine à la mesure des crimes qu’ils ont commis, rien de plus, rien de moins. Je suis contre la peine de mort ou plutôt je ne suis pas pour. Elle ne résout rien. Mais j’espère que les accusés seront condamnés à perpétuité et que la sanction sera accompagnée d’une peine de sûreté de 30 ans. Le risque de récidive des criminels sexuels est tellement grand que j’aimerais les voir rester en prison pour le reste de leur vie.

N’avez-vous pas peur de vous retrouver devant Michel Fourniret ?

Non, je veux le voir ou du moins l’apercevoir et j’espère qu’il sera présent à l’audience, même si l’on me dit qu’il ne veut pas s’y présenter. Je veux avoir devant moi un homme dont j’espère faire sortir un milligramme d’humanité, si du moins il en a toujours dans le crâne. Je ne suis ni un psychologue, ni un expert, je suis un père qui a perdu sa fille. Une fille que ce procès ne fera pas revenir. Alors que Fourniret soit psychopathe ou tout ce que vous voulez n’a qu’une importance relative. Mais, même si la démarche est difficile, je veux être en face de Fourniret. Et je veux savoir, comme tout le monde, ce que lui et sa femme ont fait.

Resterez-vous à Charleville-Mézières tout au long du procès ?

Non. C’est exclu. Ce serait trop dur. J’y arriverai, comme toutes les parties civiles, ce mercredi 26 mars. Je reviendrai à La Panne le samedi 29. Je retournerai à Charleville-Mézières lorsqu’on abordera le sort d’Elisabeth et je compte entendre le réquisitoire et les plaidoiries. Mais je serais physiquement et mentalement incapable de suivre toutes les audiences.

Serez-vous logé dans le même hôtel que les parties civiles ?

Non. On me l’a proposé, pour des raisons de commodité, mais j’ai préféré descendre dans un autre hôtel, un peu à l’écart. Le sort des autres familles ne m’est évidemment pas indifférent, je sais combien elles ont souffert, je suis même bien placé pour le savoir, mais je n’ai pas envie de me mêler à tous ces mouvements de défense des victimes qui vont certainement se manifester pendant le procès. Ce n’est pas du tout ma façon d’agir.

Je suis resté dans l’ombre car je ne pouvais faire que cela. Le mal, la douleur je les ai en moi depuis le début. Mais je ne suis jamais senti l’âme d’un policier. Quand on a voulu m’imbriquer dans les recherches et m’associer à la défense de la thèse d’un réseau, j’ai refusé. J’avais mon chagrin et il aurait encore fallu que je patauge dans cette boue, que je me répande en déclarations tous azimuts. Cela ne correspondait pas à mon caractère, ni à mes convictions.

Ne vous enfoncez-vous pas dans une solitude difficile voire impossible à supporter ?

La solitude, je la ressens à chaque instant. Oui, je me sens seul. Oui, cette solitude est épouvantable. Avec le temps, la douleur ne cesse d’augmenter car je prends conscience de choses qui ne m’apparaissaient pas auparavant. Oui, je suis seul, oui, je suis triste. Je n’ai que ma peinture pour m’exprimer. C’est mon refuge. Mais, c’est comme ça.

Je n’ai pas envie qu’on pleure avec moi, je n’ai pas besoin de la compassion des autres qui, lorsqu’ils me croisent dans la rue, se croient obligés de prendre une tête d’enterrement, se mettent presque à pleurer et me disent des choses que je n’ai pas envie d’entendre. La curiosité de la presse et du public, ça fatigue. La récupération du malheur d’autrui, la désinformation me font mal. En vérité, personne ne peut rien pour moi.

Et je n’y peux mais si j’intériorise mes sentiments, c’est comme ça. A l’enterrement d’Elisabeth, j’étais comme dans une cage de verre, tout ce qui m’entourait n’existait plus, on a dû presque me réveiller à la fin de la messe, vous voyez… Vous savez, il m’arrive souvent de me demander quel père j’aurais été pour Elisabeth. Je crois que je l’aurais laissée grandir sans contrainte, que j’aurais tout laissé faire. Je crois que j’ai moi-même encore l’âge de ma fille, que je suis resté intérieurement un enfant.

A Charleville, vous serez défendu par un ténor du barreau français, Me Paul Lombard.

Je me suis dit qu’il me faudrait être défendu par quelqu’un qui connaisse le droit français. Qui ait aussi de l’expérience et de l’humanité. Me Lombard me paraissait correspondre parfaitement à cette image. Je m’en remets à lui, il m’expliquera les choses. C’est un artiste, il me fait penser à Achille Chavée. Je me suis retrouvé dans son cabinet face à lui, impressionnant de présence. Il m’a écouté pendant une heure en me fixant intensément. Puis, il s’est levé et m’a dit, simplement, je vais m’occuper de vous et je sais qu’il le fera.

Estimez-vous que la justice française s’est bien occupée des victimes ?

A l’époque, je peux dire que j’ai été mieux reçu en France qu’en Belgique. Je n’oublierai jamais la manière dont la mort d’Elisabeth m’a été annoncée. Le procureur du Roi m’a dit qu’elle avait été enlevée, torturée, violée et tuée mais qu’elle n’avait pas souffert, vous vous rendez compte. On a voulu m’emmener au château de Sautou, où son corps avait été retrouvé mais je n’étais pas en état de m’y rendre. Qu’y aurais-je trouvé ? Des morceaux d’os ? J’y suis allé plus tard, quand les choses étaient devenues un peu moins intolérables.

Comptez-vous intervenir pendant le déroulement du procès ?

J’ai préparé un mot que je lirai à la fin du procès. C’est mon cœur qui parle dans ce message un peu trop poétique peut-être. C’est mon coeur qui parle. Mon cœur d’homme et de père…