Une suspension du prononcé en 1988, soit une reconnaissance de culpabilité sans peine dans un dossier qui ne serait pas lié à des faits de mœurs : c’était, avait indiqué mercredi le parquet de Bruxelles, le seul passé judiciaire connu de Marc Vanden Bossche. Mais il y a bien plus. Les éléments commencent à filtrer.

Cet infirmier d’Asse, âgé de 53 ans, est sous mandat d’arrêt depuis le 31 janvier dans une vaste affaire de pédophilie. Dix millions de fichiers à caractère pédopornographique ont été retrouvés sur ses ordinateurs. La justice belge s’était intéressée à lui après que les autorités judiciaires brésiliennes eurent réclamé en 2010 son extradition - impossible en vertu des lois belges - pour des abus commis sur 13 garçons au Brésil entre 2002 et 2006. Dans la foulée, les enquêteurs belges ont pu déterminer qu’il aurait abusé cinq mineurs en Pologne après 2006 et cinq autres en Belgique dans les années 80 et 90.

Il apparaît que le dossier de 1988, pour lesquels il a obtenu une réhabilitation en 1993, était tout sauf anodin. C’est l’affaire du CRIES (Centre de recherche et d’information sur l’enfance et la sexualité), établi à Ixelles entre 1982 et 1986. Ce centre, se présentait comme un groupe d’études sur la pédophilie, qui militait pour la décriminalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants. Mais le CRIES avait un côté bien plus sombre : en 1986, des documents pédopornographiques sont découverts. La justice creuse : le CRIES cache un réseau international de pédophiles qui concerne au moins 18 pays. Plus de 4 000 photos et cassettes sont saisies, impliquant une centaine d’enfants. Les images sont notamment prises et tournées dans des appartements à Anvers ou Bruxelles où des parents prostituaient leurs enfants.

La Belgique découvrait alors, bien avant l’affaire Dutroux, qui éclatera dix ans plus tard, la pédophilie et ses réseaux. Dix-sept personnes sont renvoyées en 1988 devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Parmi ceux-ci, un enseignant, un ingénieur ou encore un homme travaillant pour l’Unicef (qui sera acquitté en appel). Et un chef scout alors âgé de 30 ans. C’est Marc Vanden Bossche.

Il n’était pas un des dirigeants du réseau. Il est poursuivi pour avoir abusé de deux enfants que lui avait confiés leur père, pour une visite dans un parc d’attractions. Et, déjà, il y a des photos à caractère pédophile. Condamné à trois ans avec sursis en première instance, Marc Vanden Bossche a bénéficié en appel d’une suspension du prononcé. Cinq ans plus tard, il demande - et obtient - sa réhabilitation. Plus question donc pour la justice d’en tenir compte dans d’éventuels dossiers ultérieurs. Marc Vanden Bossche est prié de quitter l’unité scoute de Dilbeek. Mais il continue à y travailler comme aide-cuisinier.

Son nom réapparaît une petite dizaine d’années plus tard, dans un dossier qui sera traité par le tribunal correctionnel de Nivelles. Marc Vanden Bossche est proche d’un Tirlemontois, déjà condamné pour faits de mœurs. On est en dans l’après-Dutroux. La lutte contre la pédophilie est une priorité. Des dossiers sont rouverts. Dont celui de la disparition de Nathalie Geijsbregts, enlevée à un arrêt de bus en 1991. Le Tirlemontois a hérité d’une habitation à Jodoigne. Il est suspect. Les enquêteurs y perquisitionnent.

Ils découvrent un labo photo. Les deux hommes s’étaient liés avec des familles du voisinage et avaient gagné leur confiance. Ils avaient persuadé les parents de leur confier leurs garçons pour des sessions photos. Le Tirlemontois commettait les abus, Marc Vanden Bossche était derrière l’objectif. Le premier est condamné à 8 ans (portés à 10 ans en appel), Vanden Bossche se voit infliger deux ans avec sursis.