Belgique

Les Belges vont devoir apprendre à vivre sous une grave menace terroriste. Ce n’est pas une considération philosophique. C’est un fait, confirmé à plusieurs sources. La Belgique a bel et bien basculé dans une autre réalité à la suite des terribles attentats de Paris.

Le 14 novembre, au lendemain du carnage parisien, l’Ocam, l’organe qui évalue le danger terroriste, avait décrété la transition du niveau 2 ("menace peu vraisemblable") vers le niveau 3 ("menace possible et vraisemblable"), pour les grands événements seulement. Un nouveau cap était franchi le 16 novembre : l’Ocam décidait alors d’appliquer le niveau 3 à l’ensemble du territoire belge. Le 21 novembre, le péril s’aggravait encore, avec le passage de la Région bruxelloise au niveau 4, le degré maximal ("menace sérieuse et imminente").

Ce jeudi, l’Ocam a réévalué le danger et annoncé le retour du niveau 3 dans la capitale. Peut-on espérer, bientôt, un retour au niveau 2, antérieur aux attentats ? Une source haut placée dans les services de sécurité répond par la négative : "Je crois que le niveau 3 ne va pas se terminer dans une semaine. Ce sera bien plus long."

D’après cette source, seul le démantèlement complet du groupe à l’origine du relèvement de la menace pourrait amener un retour rapide au niveau 2. "Le seul élément qui explique le passage du niveau 4 au niveau 3, c’est l’imminence de la menace qui s’amoindrit, mais celle-ci reste très grave" , insiste-t-il.

Les mystères d’une menace

Les motifs qui ont poussé l’Ocam à maintenir pendant cinq jours le niveau 4 à Bruxelles demeurent mystérieux, tout comme les raisons concrètes qui ont justifié le retour au niveau 3.

Un acteur politique esquisse la trame suivante. Le lundi 23 novembre, à l’issue du Conseil national de sécurité, il aurait été convenu de maintenir le niveau 4 jusqu’à une date-butoir, fixée au lundi 30 novembre. Une décision au ressort double. Un : ne pas obliger le gouvernement à communiquer chaque jour sur la réévaluation de la menace, ce qui augmente le climat anxiogène. Deux : éviter "l’effet yo-yo", en passant souvent du niveau 3 à 4, et vice-versa.

L’Ocam aurait anticipé le calendrier prévu, en annonçant dès jeudi le passage au niveau 3. Un élément a pu jouer : l’imminence d’une attaque ne peut par définition être permanente. "Sinon, on est en situation de guerre", glisse une source. Le niveau 4 ne peut s’exercer que de manière très limitée.

Les mesures qu’implique le niveau 4, comme la présence massive des forces de l’ordre en rue et l’interruption d’une partie des transports publics, auraient par ailleurs eu un effet dissuasif. "Le niveau 4 a accru la pression sur les terroristes présumés , affirme un ministre. Cela a au moins eu ceci de positif. En saturant les rues de militaires, on a amené les individus qui projetaient de commettre un attentat à se dire : nos intentions restent intactes mais ce n’est pas le moment de passer à l’acte."

Individus en cavale

Au sein des services de renseignements, on affirme qu’un élément précis, reçu jeudi, a conduit l’Ocam à revoir à la baisse le niveau de menace. Ce n’est confirmé par aucun responsable politique. "Il faut distinguer la traque des suspects et la menace terroriste , dit-on dans l’entourage d’un vice-Premier ministre. Ce sont deux choses distinctes. La menace imminente de ces derniers jours venait d’autres individus que ceux en cavale."

Perquisitions

Une autre question demeure : l’abaissement du niveau de menace est-il ou non lié aux progrès de l’enquête judiciaire ? A ce sujet, les informations recueillies se contredisent. "Après cinq jours de perquisitions, d’interpellations, de démantèlements de certaines cellules, il est logique que le niveau de menace diminue , explique un interlocuteur . Un certain nombre de cibles ont été atteintes, ce qui a permis de réduire la capacité d’organisation des groupes."

D’autres, cependant, rappellent que l’Ocam émet ses évaluations en combinant plusieurs sources : le parquet, la Sûreté de l’Etat, les services de renseignement militaires, la police… "Tout cela se mêle et crée une impression d’ensemble , rapporte une source gouvernementale. Dès lors, il est impossible d’isoler un élément précis qui justifierait la décision de l’Ocam, que ce soit une information reçue de l’étranger ou une révélation découlant de l’enquête."


3 Questions à Nicolas Baygert, professeur en communication politique à l'Ihecs et à l'ULB

L’opposition critique la communication du gouvernement. Justifié ?

On est dans le registre de la communication de crise. Ce qui est particulier, c’est que cette communication n’est pas purement politique, mais en lien avec des événements très concrets. Le gouvernement avait, en même temps, un devoir de transparence sur ce qui se passait et un impératif de discrétion pour préserver l’enquête. Transparence et discrétion ne font pas bon ménage. Ça explique certains couacs de communication.

A quel moment le gouvernement a-t-il péché ?

Il aurait sans doute dû expliquer le scénario de sortie de crise de manière plus pédagogique. Rester au niveau 4, mais rouvrir les écoles, c’est incompréhensible pour beaucoup de gens. Le niveau 4 était-il justifié ? Il manquait d’éléments tangibles sur lesquels se baser.

Comment pourrait-on améliorer les choses, selon vous ?

En France, c’est le procureur de la République qui donne le la. Avoir un interlocuteur externe permet de soulager le gouvernement, de ne pas avoir une lecture politique des événements. En Belgique, il ne serait peut-être pas idiot d’avoir un visage extérieur pour gérer ce genre de communication.