Le piétonnier du centre de Bruxelles fait couler encre et salive par hectolitres depuis des mois. Mais il en est un autre, au stade de projet, en plein cœur du quartier européen, qui suscite lui aussi pas mal de craintes. En novembre dernier, le gouvernement bruxellois annonçait avec fierté s’être entendu sur les grands principes du réaménagement du rond-point Schuman. Ce nœud automobile couché au pied de la Commission européenne sert de porte d’entrée de la capitale à des navetteurs par milliers, venant surtout de l’autoroute de Liège pour s’engouffrer rue de la Loi en direction du centre.

La Région bruxelloise a pris un parti radical dans ce dossier. "Le transit automobile par la place sera réduit à sa plus simple expression, lit-on dans une présentation. L’objectif est de réduire la traversée automobile de la place Robert Schuman." Le projet prévoit donc une piétonnisation importante du site : dans la portion de la rue de la Loi qui relie la place au parc du Cinquantenaire et sur la place elle-même. Le trafic venant de l’avenue de Cortenbergh sera réduit de trois à deux bandes vers la rue Archimède et la rue de la Loi. De l’autre côté, il n’y aura plus qu’une bande entre la rue Froissart et la chaussée d’Auderghem. Les habitués des lieux aux heures de pointe n’auront pas de mal à imaginer les conséquences de pareil aménagement sur la mobilité du quartier.

Négociations en cours

Parmi eux, la Commission européenne. En pleine discussion avec les autorités régionales, elle se montre très sceptique, apprend-on à bonnes sources. Les autorités européennes craignent de voir le quartier totalement englué, occasionnant des trajets à rallonge pour une partie de ses fonctionnaires. La Commission exprime des doutes quant aux arguments du ministre bruxellois Pascal Smet (SP.A) qui soutient que son aménagement devrait, à terme, dégoûter les automobilistes. Autre crainte : que la ligne de bus qui traversera le rond-point ne constitue un danger pour les piétons. Voilà pour l’officieux.

Officiellement, la Commission se montre fidèle à elle-même : diplomate. "Nous prenons note des projets de convertir certaines parties du quartier européen en zones piétonnes", dit son porte-parole Alexander Winterstein évoquant " un bon équilibre peut être trouvé entre rendre notre ville plus agréable à vivre et la facilité de circuler". Pas un mot sur le projet Schuman. Els Ampe (Open VLD), échevine de la Mobilité à la Ville de Bruxelles, confirme les réticences européennes. Au cabinet du ministre Pascal Smet, on parle d’un dialogue "constructif" avec les autorités européennes dont les remarques "en termes d’accessibilité et de sécurité" sont prises en compte.

© IPM

La Ville opposée au projet

La Ville de Bruxelles, dont le territoire comprend la place Schuman, n’a pas encore d’avis officiel sur ce projet. Mais l’hostilité est claire. "La piétonnisation provoquera beaucoup de nuisances dans les rues adjacentes", affirme l’échevine de la Mobilité Els Ampe sur base de comptages précis du trafic. Elle constate que la circulation dans le quartier a augmenté depuis la destruction du viaduc Reyers et la fermeture du rond-point Montgomery. "Le petit Ring de Bruxelles est saturé, ce n’est pas la peine d’en rajouter, estime-t-elle . Pourquoi ne pas prévoir le piétonnier sur une structure en hauteur, en bois ou en métal comme on en voit à New York", demande-t-elle.