Belgique

La police belge a procédé jeudi dans tout le pays à une vague de perquisitions visant le parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et ses responsables, accusés d’enrôler en Belgique des jeunes destinés à devenir des combattants de la cause kurde en Turquie et en Irak.

Le PKK étant désormais considéré comme une "organisation terroriste" par l’Union européenne, le parquet fédéral utilise la récente législation antiterroriste, à cet effet. Il suspecte certains de diriger ou de faire partie d’un groupe terroriste.

Dix-huit personnes ont été interpellées au bout de cette opération. Plus de 300 policiers y ont pris part, dès 5 h 30 du matin. Vingt-huit perquisitions ont été menées dans les grandes villes du pays - à Bruxelles, Anvers, Louvain, Liège, Namur, Verviers, Charleroi, Termonde et Denderleeuw.

"N ous avons des indices très sérieux que, de manière très organisée, des jeunes surtout d’origine kurde étaient recrutés en Europe occidentale, notamment en Belgique, et qu’ils étaient formés dans des camps d’entraînement en Europe - notamment en Belgique - et dans des camps militaires, au nord et à l’Est de l’Irak et en Grèce", a indiqué à la presse Lieve Pellens, porte-parole du parquet fédéral.

Ces accusations ne sont pas nouvelles. Le PKK a été accusé à plusieurs reprises de faire pression sur les familles pour qu’elles "donnent" l’un de leurs jeunes - hommes et femmes - à la guérilla. Le groupe est aussi accusé de racketter la communauté kurde et de s’adonner à des trafics divers.

Lors de leurs perquisitions, les policiers ont saisi deux lots de 100 000 euros chacun ainsi que des machines à trier les billets.

Les interpellations sont le fruit de trois ans de travail et deux enquêtes pénales menées conjointement à Bruxelles et à Charleroi, par des juges spécialisés dans le terrorisme. Des échanges d’information sur le plan judiciaire ont eu lieu avec la France, l’Allemagne et la Turquie. L’enquête n’est pas liée à d’autres perquisitions récentes contre le PKK en France et en Italie.

Selon des sources kurdes, les bureaux à Bruxelles du Congrès National du Kurdistan, rue Jean Stas, et du Parti pour la Paix et la Démocratie (BDP), rue Jourdan, ont été perquisitionnés.

Deux membres importants de la communauté kurde, anciens députés de la Grande Assemblée turque avant la dissolution de leur parti, Zubeyir Aydar et Remzi Kartal, auraient été interpellés à la rue Jean Stas. Ils résident en Belgique ou en Suisse depuis 1994, avec le statut de réfugié politique, selon ces sources kurdes.

Les policiers belges spécialisés dans la criminalité kurde ont toujours du mal à faire le tri dans les organisations kurdes et à déterminer lesquelles sont liées au PKK. Les dénominations se succèdent, chaque fois qu’une de ces organisations est interdite en Turquie ou ailleurs.

Des perquisitions ont également été menées au siège de la télévision kurde Roj-TV à Denderleeuw. Et des échauffourées s’y sont produites lors que des manifestants ont traversé un cordon policier. Une policière a été blessée à la mâchoire et aux dents, ayant reçu un pavé sur le visage.

Plus tôt dans la journée, les journalistes de Roj-TV s’étaient symboliquement assis sur la route, face au cordon, montrant ostensiblement aux caméras leurs cartes de presse sur le sol.

"I maginez-vous ! Vous arrivez le matin à votre rédaction et le bâtiment est transformé en commissariat. Ils veulent criminaliser la télévision kurde", s’insurge l’un des journalistes, Mazhar.

Durant de longues années, notamment en raison des sympathies flamandes à l’égard de l’émancipation du peuple kurde, le PKK avait bénéficié d’une certaine tolérance sur le territoire belge. Plus maintenant. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la législation antiterroriste s’est renforcée, et Ankara a finalement eu gain de cause auprès des autorités européennes qui ont placé avec les Etats-Unis, le PKK sur la liste des groupes dits terroristes.

Le PKK, qui a une impressionnante capacité de mobilisation, a appelé dès jeudi après-midi ses sympathisants, "tous les Kurdes vivant en Europe", à manifester à Bruxelles et les autres à mener des actions de protestation au Kurdistan. Le projet d’une manifestation à Bruxelles ce vendredi et devant des ambassades de Belgique ailleurs en Europe était dans l’air, hier soir.