André Dumoulin, chargé de cours à l’Université de Liège et spécialiste des questions de défense, entend relativiser la tempête autour de la note...

Le SOS lancé par apparemment une série d’officiers hauts placés dans l’armée belge vous surprend-il?

Ces dernières années et décennies sous divers chefs d’Etat-major général, nous avons connu de nombreuses mesures de contractions et d’économies à la Défense généralement liées à des besoins de restrictions budgétaires. Mais on doit toujours avoir à l’esprit que l’environnement international influence aussi et en permanence la politique de l’armée. En outre, sur le strict terrain politique belge, la Défense y est plus qu’à son tour en point de mire et il est donc tout à fait logique que les syndicats tant corporatiste que politiques tirent la sonnette d’alarme face aux coupures demandées. C’est même de bonne guerre si on ose dire.

Pourrait-on parler de règlement de comptes à l’égard du ministre De Crem?

Il est vrai qu’il est surprenant que l’on s’en prenne à un ministre dont le tropisme est clairement (trans)atlantique et qui a toujours plaidé pour le développement des technologies nouvelles et avancées pour refaire une armée plus offensive. En outre, voilà un ministre proche de la vision des militaires qui se démène réellement parce qu’on touche à ses moyens de plus en plus limités. Et malgré cela, ça peut s’apparenter à un réglement de comptes sur sa gestion ou sur sa vision d’avenir... Il faut aussi se rappeler qu’il y a des intérêts très personnels au sein même des différentes composantes de l’armée qui remontent à la surface lors de moments difficiles. Pensons à l’avenir de la base de Florennes ou encore aux problèmes de la Marine...

Que penser des critiques très pointues à l’égard de l’achat des hélicoptères NH 90?

Cela dépend toujours du point de vue où on se situe. Pour les missions de l’OTAN, il ne fait pas de doute que l’on insiste particulièrement sur l’importance d’avoir ce genre de transports performants; autre chose est d’en faire un enjeu idéologique.

Pieter De Crem aurait bradé notre force de frappe à en croire la note...

Il est loin d’être le seul à décider. C’est le pouvoir politique qui définit les missions de l’armée; la Défense exécute ce qu’on lui demande et dépend des choix des partis qui forment les coalitions gouvernementales, mais aussi des aspirations du parlement fédéral. L’on émet ainsi des volontés stratégiques auxquelles notre armée ne peut pas nécessairement répondre. Dans certains de nos engagements, nos frégates pourraient jouer un rôle plus offensif mais encore faut-il pouvoir les assumer. Certains reprochent que l’on soit en récul pour les chars de combat par rapport à une certaine vision guerrière un peu dépassée, mais certains blindés plus légers font aussi beaucoup de dégâts. Cela dit, il n’est pas sûr que l’opinion épouse ces demandes car les sondages nous rappellent que notre pays n’a pas une grande culture militaire.

La note reproche aussi un manque de vision d’avenir...

Notre avenir stratégique est complètement flou. On ne sait plus très bien où l’on va d’autant plus que nous ne pouvons plus déterminer nous-mêmes nos paramètres de sécurité. Et il n’est pas évident non plus de situer un tant soit peu les défis futurs. La Défense doit tenir compte des options des Affaires étrangères et ensuite du "kern" et finalement de tout le gouvernement et, bien entendu, du Parlement. Il y a une réelle stratégie politico-hiérarchique incontournable.

En définitive, c’est une tempête dans un verre d’eau?

Il y a derrière tout cela des intérêts de composantes, de forces comme on disait jadis, des intérêts plus syndicaux et corporatistes et, en définitive, des intérêts plus personnels. L’on le dit sans doute ici à fleurets mouchetés, mais certaines oppositions personnelles peuvent parfois prendre des dimensions très triviales.