"J’ étais prêt avec ma famille à m’exiler à Tripoli. J’avais même trouvé un logement. J’avais trouvé un professeur d’arabe pour les enfants. Ils ont d’ailleurs commencé à apprendre l’arabe. Ils étaient ravis.” Ces mots sont ceux du prince Laurent. À l’époque où il menait un important projet de plantation d’arbres en Libye, visant à stopper l’avancée du désert, le frère du Roi a envisagé de quitter la Belgique pour s’installer dans la Libye de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi. Interrogé par l’équipe de “Questions à la Une” (RTBF) dans une émission diffusée ce mercredi soir, le prince Laurent dit en outre toute sa colère dans l’affaire des fonds libyens.

Laurent a perdu gros

Son projet initié en 2008 ayant été finalement abandonné, l’ASBL du Prince a perdu gros dans l’aventure. Depuis, Laurent a demandé au gouvernement belge d’intervenir en sa faveur afin de récupérer l’argent (50 millions d’euros) investi. Le Premier ministre Charles Michel a rétorqué qu’il ne s’agissait pas de ses compétences. Or, en 2011, en exécution de résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu, 14 milliards d’euros de fonds libyens ont été gelés en Belgique.

Depuis, le gouvernement belge a permis à de nombreuses entreprises belges créancières de la Libye d’être remboursées, via les intérêts et dividendes générés par les capitaux libyens qui, eux, ne sont pas gelés. Mais l’ASBL du Prince n’a pas eu droit à un tel traitement.

“Stigmatisé et écrasé”

Dans l’interview accordée à la RTBF, Laurent affirme se sentir écrasé : “Je me sens personnellement touché, car je peux dire que tous les projets que j’ai menés ont été bénéfiques pour la communauté. Et je ne vois pas la raison pour laquelle je suis à ce point stigmatisé et écrasé. Et je vous dis je ne l’accepterai jamais […] Je suis très inquiet parce qu’il y a non seulement une volonté de nuire, de nuire à moi, de nuire à ma famille, mais de nuire à tous ceux qui me soutiennent”.

Le montant libéré avec l’accord du gouvernement belge s’élèverait à environ 300 millions d’euros par an. En six ans et demi, ce seraient donc 2 milliards d’euros qui auraient été remboursés. Des experts onusiens ont enquêté sur ces remboursements et ont conclu que d’importants montants ont atterri dans le fonds souverain Libyan Investment Authority, potentiellement détenu par des proches de l’ancien président Kadhafi. “C’est gravissime. Le rapport de l’Onu explique que cet argent est sans doute parti à des milices. Ces milices ont exécuté des gens, ont fait fuir des gens”, relate le prince Laurent. Avant d’embrayer : “Je dois vous dire que je m’attendais à être confronté à des problèmes de corruption en Libye, mais ce que j’ai connu en Belgique était pour moi… Je ne pouvais pas me l’imaginer. Je suis tombé, je dirais, sur pire encore”. Laurent confie encore que, son “grand rêve”, c’est de “quitter tout ce monde qui est sans arrêt envieux, qui me critique. Depuis mon plus jeune âge, je l’ai connu à l’école et, à 55 ans, je trouve ça lassant”.

Pour la N-VA, “Laurent marque un point”

Contacté mercredi, le cabinet du Premier ministre Charles Michel n’a fait aucun commentaire sur les critiques émises par le prince Laurent dans le cadre de l’affaire des fonds libyens. 

Toutefois, les nouvelles déclarations du frère du Roi ont fait réagir du côté de l’opposition N-VA. Pour le député fédéral Peter Dedecker, “Laurent marque en effet un point, nous affirme-t-il. Que s’est-il concrètement passé ? Quelles entreprises ont été aidées et sur la base de quels critères ? Et quelle fut la contrepartie du côté libyen ? Didier Reynders (ministre des Affaires étrangères, MR) et Steven Vanackere (son prédécesseur CD&V) n’ont toujours pas apporté de réponses à ces questions.”